12 octobre 2006
Anna Politovskaïa (2)
Du nouveau sur l'assassinat d'Anna Politovskaïa. Le Monde de ce jour publie le témoignage d'une militante sur l'ultra-nationalisme russe et ses conséquences sur la presse. Selon elle, Politovskaïa aurait fait partie d'une liste de personnes à abattre car jugés "ennemis de la patrie." Ce n'est à cette heure qu'une hypothèse parmi d'autres. Une liquidation politique n'est pas à exclure totalement, même si, au fond, cette affaire fait plus de tort à la Russie qu'elle ne sert le gouvernement de Poutine. Sans vouloir le défendre, je considère en effet que faire abattre Politovskaïa eut été, de sa part, un acte pour le moins maladroit. Surtout au vu de l'ampleur de la protestation que ce meutre a provoqué en Europe....
Mais le travail de la journaliste était également une pierre dans le jardin des nationalistes. Il est frappant de voir en effet l'intolérance, pour ne pas dire parfois l'hostilité ouverte, de certains Russes, non seulement envers leurs voisins asiatiques, mais aussi envers des ressortissants des pays ex-soviétiques. Dans des proportions parfois extrêmes : une petite fille originaire d'Asie centrale avait ainsi été assassinée à Moscou, il y a quelques années, dans l'indifférence de la classe politique. Dans ce contexte, renforcé par le conflit de moins en moins larvé avec la Géorgie, le travail engagé de Politovskaïa sur la guerre tchétchène était inacceptable pour les ultra-nationalistes. Contrairement à un homme d'Etat plus ou moins forcé au compromis, le journaliste qui enquête et témoigne n'a pas à prendre de gants. Il dit ce qu'il voit, avec sa raison, son esprit d'analyse, avec son coeur aussi. On ne doit pas sortir indemne de la couverture d'un conflit, surtout s'il s'agit d'une guerre civile dans son propre pays. Politovskaïa faisait sien son engagement et c'est ce qui faisait sa valeur, tant au niveau de son travail que de sa personnalité.
Comprendre (et aimer) la Russie signifie embrasser des siècles d'histoire. La culture du secret en politique n'est pas là-bas un vain mot. Il est probable que nous ne saurons pas tout de la mort d'Anna Politovskaïa. Le meilleur moyen de rendre hommage à son courage et à son travail est de perpétuer sa volonté de comprendre les choses au delà des impératifs politiques du moment. Et dans un pays aussi marqué que la Russie, cela est loin d'être évident.
19:55 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
08 octobre 2006
Nuit blanche à la Goutte d'Or
La Nuit Blanche à Paris, surtout si on n'y a jamais mis les pieds avant, a un air bien sympathique. Il paraît qu'il faut se choisir un quartier et s'y tenir, sinon on ne voit rien de bon. Pour nous, hier, ce fut la Goutte d'Or. Le quartier de Gervaise, en pleine réhabilitation.
Paris cette nuit-là semblait différent. Pas une nuit froide ou personne ne s'attarde, pas une nuit pressée ou chacun rentre dormir pour pouvoir "tenir" le lendemain. La foule marchait, devisait sans hâte. On se serait cru tombé dans une fête calme. Un peu partout, dans les dents creuses ou sur les façades, on découvrait des oeuvres.
Ici, les meubles avaient quitté leur place au salon pour s'accrocher à la façade. Là, un écran rose façon disco contait, dit-on, l'histoire du quartier. Plus loin, un portrait chinois, immense, se détachait sur un terrain vague. J'ai aimé l'installation aérienne de Laurent Grasso au dessus du terrain de sport de la Goutte d'Or : d'énormes ballons blancs, gonflés à l'hélium et retenus dans des filets, éclairaient étrangement le vieux bâtiment et ses grillages usés. Dans la trop neuve église Saint-Bernard, Subodh Gupta avait posé une Vanité : immense crâne d'argent, entièrement composé de batteries de cuisine. Faim du monde, fin du monde....
Nous rentrâmes à minuit.
12:20 Publié dans Scènes de la vie parisienne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07 octobre 2006
La fin des illusions ?
Anna Politovskaia est morte aujourd'hui. Assassinée. Célèbre pour ses livres et reportages sans concessions sur le conflit tchétchène. Assassinée, comme Paul Khlebnikov, Américain d'origine russe et rédacteur en chef de Forbes Russie, et comme une petite demi-douzaine de journalistes le sont chaque année en Russie. L'écho de cette tragique nouvelle est d'autant plus grand que le travail d'Anna Politovskaia était largement diffusé en France, avec celui de la Française Anne Nivat.
Durant mon année de résidence en Russie, je savais que ce pays avait une face sombre, que la liberté à la française n'y existait que dans les textes, tant le reliquat des siècles de totalitarisme restait présent dans les mentalités et les institutions. Bien que la croissance russe se poursuive et que la Russie commence à retrouver ce rôle d'arbitre des relations internationales qui avait été le sien autrefois, j'ai l'impression que le pays se referme. Un racisme de plus en plus présent, un nationalisme de plus en plus virulent. Je savais que cela existait en Russie. Peut-être est-ce que mon regard, depuis trois ans, s'est de nouveau francisé ? Ou est-ce que la face sombre de la Russie qui émerge avec plus de force que jamais ?
Je souhaite de tout coeur que la première hypothèse soit la bonne....
19:40 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Peau de chagrin
Le 21e siècle se voulait sans tabou. On prêche la tolérance, on peut parler de tout, la parole libère et de toute façon nous sommes persuadés dès le berceau que tout problème peut se réduire par une saine discussion. Très bien. Nos amis juristes étaient également passés par là pour confirmer cette loi sociale. Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, article 11 : La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. Par cette restriction, on entend, entre autres, protéger les personnes contre la diffamation. Jules en fait ici une jolie démonstration à la manière d'un conte voltairien. Pour les fonctionnaires, s'y ajoute une obligation supplémentaire : le devoir de réserve. Pour un non-fonctionnaire, on pourra parler, dans son contrat de travail ou dans le règlement intérieur de son entreprise, d'obligation de loyauté.
A l'époque où les nouvelles technologies n'étaient que balbutiantes, ces obligations ne posaient guère de problème. Sauf à publier un livre, un citoyen ordinaire ne pouvait pas témoigner de sa vie et de ses expériences. Son vécu demeurait confiné dans sa sphère privée. Evidemment Internet et le développement de la blogosphère ont changé tout cela. Il est désormais technologiquement possible à n'importe qui de prendre la parole sur la toile; et à ladite parole de rencontrer un écho plus ou moins vaste. Et les premiers heurts se produisent : Garfieldd, proviseur d'un lycée de province, est révoqué pour son blog, Petite Anglaise, secrétaire dans un cabinet comptable, est licenciée pour la même chose. Le blog peut également servir de moyen de défense : ainsi, une ex cadre de Nissan raconte sa mise au placard à son retour de congé parental, au grand dam de sa hiérarchie.
Aujourd'hui, c'est un inspecteur du travail qui fait les frais de ces restrictions légales, au nom du devoir de réserve. Choqué par l'assassinat de deux de ses collègues, Bereno (c'est son pseudo et rien ne permet de deviner sa véritable identité) s'est mis à témoigner sur son travail quotien. Sans jamais citer de nom de personne ou de lieu. Sans jamais accuser quiquonque. Juste raconter des faits, sans fard, sans mélo, et dans un style sobre et soutenu. Il était d'ailleurs régulièrement cité dans les blogs recommandés du Monde.fr, son hébergeur. Jusqu'au jour où sa hiérarchie l'a identifié et lui a signifié de supprimer son blog sans délai, sous peine de sanctions. Ce qui fut fait. Exit Bereno.
Eolas, infatigable, qui avait déjà brillamment défendu Garfieldd et petite anglaise, est sur l'affaire. Bereno, ayant supprimé son blog, ne sera pas inquiété. Il n'empêche que cette histoire m'inquiète. Sauf à être une superstar de la blogosphère, ou alors un brin exhibitionniste, un bon blogueur doit être anonyme et le rester. C'était le cas de Bereno. Il est normal que la loi mette une limite à la liberté d'expression quand celle-ci nuit à la réputation ou à la sécurité d'autrui. Il est dommage qu'elle prive une partie de la population de la possibilité de témoigner anonymement sur leur quotidien alors que celui-ci offre un réel intérêt pour leurs concitoyens. Ou alors qu'elle permet à certaines institutions de réfléchir sur elles-mêmes. Et c'est d'autant plus absurde dans le cas de Bereno, sa prose, loin d'être indiscrète ou diffamatoire, constituait au contraire un bel hommage à sa profession.
14:34 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25 septembre 2006
Encore un peu de patience
Un nouveau - vrai - travail, une nouvelle maison, une nouvelle vie en somme depuis la semaine dernière, à laquelle je m'habitue doucement. Donc il me faudra un peu de temps avant de reprendre une activité bloguesque normale. Merci de votre patience.
13:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19 septembre 2006
Sans laisser d'adresse
Christian Ricaud aimerait partir sans laisser d'adresse. Alors que certains élus UMP mijotent un projet de loi sur le statut des cendres, ce monsieur écrit dans le courrier de Libération qu'"après toute une vie de domiciliation, de fichage, d'immatriculation, après une vie passée à assumer ses obligations familiales, professionnelles, sociales, après avoir toujours répondu présent, pourquoi nous refuser le droit d'enfin tout larguer et partir sans laisser d'adresse ? En tant que futur défunt, je revendique mon droit à l'oubli, laissez-moi librement devenir un SDF (sans domicile final)"
Combien ces paroles recoupent mes propres idées ! Notre société est désormais dépourvue de foi (et je ne m'en plaindrai pas) comme de morale (j'emploie ce mot au sens d'éthique) mais de plus en plus obsédée par le culte de la personne (plus beau, plus jeune, plus mince, plus uniforme, et mon karma par ci, et mon bien-être par là, surtout n'oubliez pas d'écouter votre corps.) Signe des temps. Pourquoi vouloir tout conserver, tout dater, tout tracer ? Fleurir des tombes qui seront détruites dans un siècle au plus ? Peut-être pour oublier, dans un élan pascalien, le non-sens de notre vie et la non-utilité de notre existence. Se bâtir une éternité, pour cent ans.
Athée, j'aime à me rappeler l'adage chrétien : "Tu es poussière et tu redeviendras poussière". Combien je préfère, à la froideur de la tombe, la chaleur d'un souvenir !
19:30 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Web Gallery of Art
Grâce à Lunettes Rouges, je découvre un site magnifique sur la peinture. La Web Gallery of Art propose une collection impressionnante de reproductions d'oeuvres d'art, du 12e au milieu du 19e siècle, sur lesquels on peut zoomer à l'envi. S'y ajoutent un glossaire, des biographies d'artistes, des visites virtuelles autour d'un thème. Last but not least, on peut naviguer sur le site en musique...classique, bien sûr. Bref, un régal.
10:20 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18 septembre 2006
Discours de Ratisbonne
Le discours prononcé par Benoît XVI à Ratisbonne n'en finit pas de faire du bruit. Les manifestations et les protestations se succèdent dans le monde musulman, et une religieuse italienne y a même laissé sa vie en Somalie. Alors, maladresse ou provocation ?
Tout d'abord, revenons exactement sur le discours. Comme le montre très bien Koz, il ne s'agit pas, comme on l'entend dans certains médias, d'une assimilation simpliste de l'islam à la violence. Le Pape se contente de citer une controverse entre l'empereur byzantin Manuel II et un savant persan. "(..) l’empereur, avec une rudesse assez surprenante qui nous étonne, s’adresse à son interlocuteur simplement avec la question centrale sur la relation entre religion et violence en général, en disant: ” Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait “. L’empereur, après s’être prononcé de manière si peu amène, explique ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la diffusion de la foi à travers la violence est une chose déraisonnable. La violence est en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l’âme. ” Dieu n’apprécie pas le sang — dit-il —, ne pas agir selon la raison , “sun logô”, est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l’âme, non du corps. Celui, par conséquent, qui veut conduire quelqu’un à la foi a besoin de la capacité de bien parler et de raisonner correctement, et non de la violence et de la menace… Pour convaincre une âme raisonnable, il n’est pas besoin de disposer ni de son bras, ni d’instrument pour frapper ni de quelque autre moyen que ce soit avec lequel on pourrait menacer une personne de mort…“.
De fait, il s'agit donc d'une citation et non d'une affirmation de la part du Pape. Le propos qu'il sous-tend est le suivant : la conversion par la violence doit être impérativement bannie, la foi est avant tout un aboutissement de la raison. Des postulats utiles à rappeler, dans un contexte de renouveau du fanatisme.
Certes, on pourra critiquer cette illustration, objecter que l'Eglise catholique, il y a quelques siècles, eut une tendance coupable à oublier la parole de saint Jean qui disait que Dieu est amour, et à imposer sa croyance par les armes, la destruction et la torture. Mais quelles religions n'ont pas montré, à un moment ou à un autre de leur histoire, cette intolérance ? On peut ensuite objecter que cette citation, même si elle ne reflète pas l'opinion de Benoît XVI, n'était peut-être pas du meilleur goût, après les vagues de protestations provoquées par l'affaire des caricatures danoises, et qu'il convenait de ne pas mettre davantage d'huile sur le feu.
Néanmoins, le discours de Ratisbonne, destiné à un public restreint, dans l'enceinte d'une université, n'avait pas vocation à se trouver ainsi commenté, et surtout de façon aussi simplificatrice, par les médias. Le traitement médiatique des évènements conditionne la façon dont le public en perçoit le message. Si Benoît XVI aurait en effet pu trouver un moyen plus consensuel d'appeler à la concorde et à la raison, les médias qui ont largement relayé ses propos, mais sans les mettre en perspective, ont également contribué à déclencher l'orage.
16:32 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Vert, blanc, bleu
Nous partîmes en Tunisie cet été, quittant la France bruineuse pour la moiteur de l’été nord-africain. C’était la première fois que je mettais le pied sur ce continent. Le choc est d’abord celui des couleurs ; ce bleu intense du ciel, à peine plus foncé que celui de la mer, à peine plus clair que celui dont les portes et les fenêtres sont peintes. Le vert émeraude éblouissant des palmiers. La blancheur immaculée des maisons. L’ocre sec au sol : bienvenue au pays de la soif. Je comprends les révélations d’un Gide, les errances d’un Oscar Wilde, les quêtes d’un Bernanos dans ce pays. La villa Sébastian, à Hammamet, garde des traces de leur passage. Dans cette douceur de vivre, les occidentaux que nous sommes se sentent comme libérés. Place au farniente, c'est-à-dire avant tout à la lecture. Tess d’Uberville, qui me donne envie de lire une Histoire du féminisme en Europe. Puis l’excellente, quoique partisane, biographie du marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler par Assouline. Je dis partisane car l’auteur a pris fait et cause pour son personnage ; ce qui est agréable pour le lecteur, mais qui l’amène peut-être à manquer de nuance envers lui. Je suis ressortie de ce livre avec plein d’envies de musées : découvrir le cubisme, la naissance de la peinture abstraite que Kahnweiler détestait (le cubisme est un art figuratif, qui réécrit les règles du langage, mais il se rattache toujours à une réalité représentée) et un penchant nouveau pour le genre biographique.
Entre deux livres, ce furent des excursions à travers la Tunisie du Nord. Tunis d’abord, avec ses souks colorés, hélas terriblement arrangés à la sauce touriste. Le musée du Bardo abrite des siècles de mosaïques, des premières, paléo-chrétiennes, à celles de Rome puis aux mosaïques arabes. Carthage la mythique dont il ne reste presque rien, rien que des débris somptueux avec vue sur la mer. Le pittoresque Sidi-bou-Saïd, ou l’apothéose de l’alliance du blanc et du bleu. Puis Kairouan, où nous partîmes en voiture, dans un beau matin d’été. Ville sainte, Kairouan est aussi une ville de contrastes, entre la splendeur de ses grandes mosquées et le dénuement du cœur de la ville. La Grande Mosquée est un chef d’œuvre couleur sable, magnifique dans sa sobriété. Comme à Venise, j’ai senti que ce lieu était habité, contrairement à d’autres hauts lieux de la foi (le carnaval touristique à Saint-Pierre de Rome par exemple, qui sonnait faux, même pour l’athée que je suis, entre les cierges électriques et les caméras de sécurité) Plus petite, différente, la mosquée du Barbier est d’un grand raffinement et nous nous perdîmes à plaisir entre ses colonnades. El-Jem enfin, atteint en début d’après-midi sous un soleil de plomb, avec cette vision de l’amphitéâtre, l’un des plus imposants de l’empire, superbement conservé, masse ocre jaillissant entre les bougainvillées et son petit musée de mosaïques, où contrairement à l’étouffant Bardo, nous pûmes prendre le temps de les contempler.
Entre ces journées de découvertes, les jours blancs à l’hôtel, allant de nos livres à la piscine. Je ne sais pourquoi les hôtels des stations balnéaires se croient obligés d’occidentaliser leurs prestations. Avalanche de plats bien de chez nous au buffet, dignes d’une cantine française, dans lesquels nous cherchâmes vainement quelques plats tunisiens. Point bien sûr de contacts avec la population pour qui restait dans la zone balnéaire. En dépit de la douceur de vivre tunisienne, nous avions l’impression un peu déprimante d’être tombés dans un paradis à touristes, duplicable à l’envi dans n’importe quel pays du sud qui possède de belles plages, un climat chaleureux et quelques palmiers dattiers. Je vais encore faire ma mauvaise langue, mais je souris encore en me rappelant cette femme qui s’indignait de voir nos guides se parler entre eux en arabe (mais c’est inâcceptable, vous ne pouvez pas parler français !!!) et, mieux encore, cette dame au demeurant charmante mais qui se plaignait de ce que le sable fin de la plage, trop chaud, lui faisait mal aux pieds. (- A quelle heure y étiez vous ? - 15h, quelque chose par là) Je sais, j’ai vraiment une langue de vipère, c’est l’un de mes vices favoris. Je crains même de le cultiver avec l’âge, c’est vous dire.
10:00 Publié dans Carnets de voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17 septembre 2006
De retour
Après quelques mois bien occupés (examens finaux à passer, recherche d'emploi et quelques péripéties personnelles) et suite à quelques aimables sollicitations, je reprends l'écriture sur Carnets Critiques. Il me faudra un peu de temps pour remettre à jour la blogroll, et rénover l'interface. Deux nouvelles rubriques seront introduites : Carnets de voyage et Scènes de la vie parisienne. La Femme assise de Schiele cède la place à la Madeleine à la veilleuse de La Tour. J'aime beaucoup ce tableau d'ombre et d'or, avec sa petite lumière dans la nuit qui symbolise la condition humaine. A bientôt donc.
23:25 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
21 janvier 2006
Carte blogstale
Charlotte de Beauvoir a 24 ans, un diplôme de journaliste, un talent certain pour la photo, beaucoup de curiosité et des fourmis dans les jambes. C'est grâce aux recommandations du Monde que j'ai découvert son blog, Carte blogstale. Son diplôme obtenu, elle a eu envie d'Amérique Latine. La voilà partie "sur la route des Andes" pour six mois, avec dans son sac un ordinateur portable et un appareil photo. Au programme, la Colombie, l'Equateur, le Pérou et la Bolivie. Elle est en Equateur actuellement. Les photos qu'elle prend sont vraiment magnifiques et sa démarche d'exploratrice du quotidien plus qu'intéressante. Lecture chaudement recommandée, donc.
13:20 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
20 janvier 2006
Un touriste
L'anecdote de Ju ce soir me rappelle une histoire vécue. C'était à Saint-Pétersbourg, pendant l'été du Tricentenaire. Ca faisait presque un an que je vivais en Russie. Pétersbourg était lentement envahie de touristes. On entendait (beaucoup trop souvent à mon goût) parler français sur la Nevski.
Comme à mon ordinaire je trainais doucement sur la perspective, faisant deux-trois magasins et goûtant l'air du soir. J'aime marcher en ville en fin de journée. A un corner du Gostiny Dvor, ou l'on vendait des souvenirs, je croise un couple de Français tentant de négocier des petits objets typiques. Je ne sais pas pourquoi je leur ai adressé la parole en leur disant que je parlais russe et que je pouvais leur donner un coup de main pour la négo, la vendeuse russe ne parlant pas plus l'anglais qu'eux. Je me fais rabrouer. Très bien, je n'ai pas insisté mais ai continué à les observer.
Leur choix fait, mes compatriotes veulent payer leurs achats... en liquide et en dollars. Bizarrerie d'agence de voyage : ils ont acheté des dollars pour l'occasion alors que la parité Euro/rouble leur est favorable. La vendeuse refuse. Ils ne comprennent pas. Je retente ma médiation, et leur explique que la loi russe interdit le paiement en devises. Des roubles ou rien. Je me souviens de la réaction indignée de la femme : "Mais nous rentrons demain ! on ne va pas changer de l'argent pour ça !"
Moralité et paradoxe de l'histoire : bien souvent le touriste, qui paie cher un voyage vers l'inconnu bien packagé, ("Aux sources de la Russie éternelle" ou quelque chose dans le genre), apprécie les spécificités locales... jusqu'à un certain point. Changer des dollars à la veille d'un départ pour respecter la loi d'un pays en ruine comme la Russie.... et quoi encore ? Faut pas déconner tout de même.
23:50 Publié dans Brave new world, Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
19 janvier 2006
Affaire Garfieldd : le rôle du buzz
Le blogueur n'a décidément toujours pas, en cette année 2006, bonne presse. Et encore moins à l'éducation nationale. La presse, justement, et la blogosphère se font écho de la révocation du proviseur d'un lycée de Mende pour manque au devoir de réserve. En l'occurence, il est accusé d'avoir mis en ligne via son blog personnel des photos et écrits "pornographiques". Il parlait de sa profession, de son quotidien et de son homosexualité dans ses billets, mais sans jamais citer de noms de personnes ou celui de son établissement. Inutile de préciser que les blogs de profs sont légion, et ce sont souvent parmi les plus drôles et les plus attachants.
Les pros d'internet fonctionnaires de l'éducation nationale qui l'ont identifié ont considéré comme pornographiques des photos d'hommes en slip, comme on en voit à tous les coins de rue, et, qui mieux est, la publication des mots-clefs ayant amené les internautes sur le blog via Google. Beaucoup de blogueurs qui consultent régulièrement leurs stats s'amusent à faire de même.
Pas de quoi fouetter un chat, donc, à cause de ce blog. Rien qui puisse donner à penser que ce proviseur était en dangereux pédophile en puissance. Et pourtant ce monsieur, à 48 ans, après une carrière sans reproche, se retrouve au RMI. Car la révocation signifie perte de son salaire mais aussi de son statut de fonctionnaire. Imaginez ce que vaut, sur le marché du travail aujourd'hui, un fonctionnaire révoqué de 48 ans.
La conjugaison de la liberté d'expression et du devoir de réserve est bien souvent hasardeuse. Toutefois, le blog de Garfieldd ne mettait nullement en cause l'éducation nationale et semblait témoigner, au contraire, d'un profond attachement pour son métier et ses élèves. Avoir exposé à la vue du public, de façon anonyme, des considérations personnelles et des photos qui n'ont, au vu des publicités qui ornent les abribus, rien de bien choquant, n'a donc pas grand chose à voir avec le manque au devoir de réserve. Il s'est contenté d'user de la liberté d'expression que la loi française et toutes les déclarations des droits humains lui reconnaissent.
Notre société, et je le déplore, a tendance a ne plus saisir la frontière entre privé et public. Le fait de bloguer, au sens noble du terme, et contrairement aux clichés véhiculés, n'a pas grand chose de narcissique. La majorité des blogueurs sont anonymes, et je ne vois pas pourquoi des gens incités à donner leur avis anonymement dans les urnes ne pourraient faire de même en ligne, l'argumentation en plus.
Un blogueur fait justement remarquer que si le proviseur avait été hétérosexuel et avait affiché des photos de jeunes femmes en soutien-gorge, les inspecteurs se seraient contentés de se rincer l'oeil. Je ne suis pas loin de penser comme lui. Le proviseur paierait donc, non pas son manque de réserve, mais son orientation sexuelle.
Le buzz, c'est le bruit de la blogosphère quand elle relaie une nouvelle, lance une idée, se fait l'écho d'une indignation. Cette note n'a donc d'autre ambition que de contribuer à ce buzz. En espérant qu'il sera suffisant pour amener Robien a revenir sur sa décision.
A lire absolument : l'excellente lettre ouverte à Gilles de Robien par Eolas. A signer, aussi : la pétition de soutien à Garfieldd. Il y a seulement déjà 1283 signatures. Ajoutez-en d'autres !
NB : le blog a été supprimé, mais on peut lire les archives ici
20:25 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Parole de l'eau
le feu tinte dans les cloches
douce est la parole de l'eau
sous la clé des nuits légères
enchaînées au coeur des filles
c'est pour ces pays d'un sou
que se vide la mémoire
pour la neige et la flamme
dont se parlent les étoiles
Tristan Tzara. PHASES. 1949
18:40 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18 janvier 2006
Les désillusions de la méritocratie
Les diplômes sont déclassés, sauf dans les grandes écoles. Ceux qui ont des diplômes plus élevés que leurs parents n'accèdent pas à des positions sociales plus intéressantes parce que le «rendement» de ces diplômes sur le marché a baissé. Les chiffres sont effrayants. Une majorité des licenciés en lettres, par exemple, atteignent au mieux un niveau d'employé de bureau. Les enfants de milieux aisés s'en sortent parce que, mieux informés, ils vont dans les filières rentables. Les inégalités restent tout aussi présentes qu'il y a trente ans.
Marie Duru-Bellat, chercheur à l'Institut de recherche en éducation, citée par le Figaro.
10:40 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
17 janvier 2006
L'habit et le moine
"La vraie rébellion est initiatique, et donc secrète. Les vrais rebelles se cachent de l'être; ils sont rasés de frais, et tirés à quatre épingles. Je ne supporte que les gens qui ont l'air de sortir de leur douche. Le déclin de l'Occident, avec quoi on nous casse les oreilles, ce n'est pas le pétrole, c'est l'avachissement. Il faut apprendre à nos contemporains à se tenir droit, leur enseigner un usage correct de la colonne vertébrale."
Gabriel MATZNEFF, Ivre du vin perdu
07:15 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
16 janvier 2006
Nuage de "Carnets critiques"
22:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Ne soyez pas déclinologues
Du neuf dans la stratification des contrats de travail. Après le relatif succès du CNE lancé cet été; le gouvernement va lancer un contrat premier emploi (CPE) à destination des "jeunes". Le "jeune" est; on le sait, un vocable à géométrie variable. Dans le cas présent, le gouvernement s'aligne sur la définition SNCF du "jeune" : jusqu'à 25 ans.
Jusqu'à 26 ans, donc, l'heureux élu se verra proposer un contrat spécial assorti d'une période d'essai de 24 mois. A l'issue de cette période, le contrat se mue en CDI. La période d'essai peut être réduite en fonction des stages, CDD ou contrat d'apprentissage effectué par le "jeune" dans l'entreprise. Tout de même. Contrairement au CNE; ce nouveau contrat s'appliquera dans toutes les entreprises sans limitation d'effectifs.
"Avancée sociale majeure" dit le gouvernement. En fait, ce nouveau contrat n'apporte pas grand-chose. Il ajoute une option supplémentaire aux nombreuses possibilités de contrats déjà offerts aux entreprises désireuses de "tester" un salarié. Il aurait été plus simple de repenser les deux contrats principaux; à savoir le CDD et le CDI, de populariser l'apprentissage au détriment des stages abusifs.
De plus, l'institution du CPE confirme que notre société n'en finit pas de segmenter ses membres en fonction de critères qui n'ont rien à voir avec leur niveau de compétence, emploi pour les jeunes, pour les vieux, pour les minorités visibles, etc. On finira par faire une grille ; tel âge, tel sexe, telle origine, voilà, cliquez ici pour découvrir le nom de votre nouveau contrat de travail.
De côté du gouvernement, le CPE est une pilule plus facile à faire avaler. Il montre que le gouvernement agit pour l'emploi et se préoccupe des "jeunes" cette classe d'âge sur laquelle notre époque s'extasie. J'imagine déjà notre fringant premier ministre s'enthousiasmant sur un plateau TV : "Mais mon gouvernement agit pour les jeunes : j'ai crée le contrat première embauche !" Petit plus du CPE : la population visée, moins insérée dans la vie professionnelle, a peu de moyens de protestation à sa disposition. On a bien vu cet automne comme la grêve des stagiaires fut perçue tant par les DRH que par les syndicats patronaux....
14:00 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10 janvier 2006
L'improductivité du bonheur
"Les gens heureux n'ont pas d'histoire."
HEGEL
11:15 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03 janvier 2006
Pour Bernard Planche
A l'initiative du journaliste Alain Hertoghe, et relayé par les internautes, un appel à la libération de Bernard Planche.
" Liberté pour Bernard Planche !
" Nous, citoyens et internautes, appelons à la libération immédiate de Bernard Planche, détenu injustement en Irak depuis le 5 décembre 2005.
" Nous exprimons à sa famille et à ses amis notre sincère sympathie dans cette épreuve.
" Nous prions chacun (autorités publiques et religieuses, hommes politiques, établissements scolaires, médias, artistes, etc.) de condamner l'enlèvement de Bernard Planche, d'appeler à sa libération et de prendre des initiatives concrètes de solidarité avec lui et avec sa famille.
" Nous demandons tout particulièrement à Bertrand Delanoë, maire de Paris, d'afficher au plus vite un portrait géant de Bernard Planche sur la façade de l'Hôtel de ville, comme cela avait été fait pour les journalistes Christian Chesnot, Georges Malbrunot et Florence Aubenas.
" Nous encourageons tous les citoyens et tous les internautes à relayer, grâce à Internet, cette appel dans le monde entier et dans toutes les langues, ainsi qu'à multiplier les démarches publiques solidaires.
" Quant à ceux qui détiennent Bernard Planche, et qui liront tôt ou tard cet appel en langue arabe, nous en appelons à leur humanité pour qu'ils rendent à sa famille l'être humain qu'ils privent injustement de sa liberté. "
A diffuser, relayer et transmettre sans modération.
21:17 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Le "truc d'intello" suite et fin
Jacques Chirac a annoncé officiellement la fin de l'état d'urgence, qui prendra fin demain 4 janvier. Décision dont je ne peux que me féliciter. Adoptée par décret et prolongée jusqu'au 21 février 2006 par voie parlementaire, suite à l'explosion de violence dans les banlieues, cette vieille mesure qui n'avait pas été utilisée depuis la guerre d'Algérie s'était fondue dans notre quotidien sans que personne ne s'en émeuve.
«Les esprits s'habituent à ce que l'Etat de droit soit potentiellement suspendu. Seuls des intellos veulent la suspension de l'état d'urgence, car il n'empêche pas de faire ses courses et de réveillonner...» écrivait le constitutionnaliste Dominque Rousseau. Qu'importait alors que la notion de "péril imminent" ne soit plus vraiment d'actualité ? Couvre-feu, certes, mais aussi perquisition sans mandat de jour comme de nuit, restrictions à la liberté d'aller et venir, possibilité d'assigner les gens à résidence... telles étaient les possibilités ouvertes par l'état d'urgence. A part les couvre-feu qui furent d'ailleurs les seules mesures appliquées et utiles pour un temps, était-il vraiment utile de prolonger la suspension des droits fondamentaux ? Mesure de sureté de prime abord, devenue ensuite un excellent outil de communication politique. Français, dormez tranquilles, l'état d'urgence vous a assuré la sécurité. A part ça, 425 voitures ont été brûlées au cours du réveillon. Il y en avait eu 333 l'année dernière. Comme l'Etat d'urgence, et bien avant lui, la violence se banalise. Ordinaire, on vous dit.
Bonne et heureuse année 2006 !!
21:10 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
28 décembre 2005
Immigration : quand Bruxelles s'en mêle
Du nouveau dans le débat latent sur l'immigration. La commission de Bruxelles vient de donner son feu vert à un programme en faveur de l'immigration légale. L'Europe part d'un constat simple, bien souvent oublié par les tenants de la fermeture des frontières : le continent aura besoin de près de 20 millions d'actifs immigrés d'ici à 2050 afin de compenser le veillissement de sa population d'origine et en atténuer les conséquences, notamment au niveau du paiement des retraites. Autre triste réalité : les populations les plus qualifiées élisent domicile le plus souvent outre-atlantique, tandis que l'Europe attire massivement les travailleurs non-qualifiés, dans les conditions que l'on sait.
Le programme de Bruxelles répond à une double ambition : inverser la tendance en rendant l'Europe plus attractive pour les cerveaux tout en offrant une protection de base et un cadre légal de résidence aux travailleurs saisonniers. De plus, les états membres sont invités à définir leurs besoins et à mettre en place une politique de quotas.
Certes, ces mesures sont somme toute assez peu contraignantes, et certains pays y sont franchement réticents. La méthode des quotas n'est pas non plus à mon sens la plus équitable qui soit. Les propositions de Bruxelles ont du moins le mérite d'inciter les Européens à revoir leur politique d'immigration. Dans ce domaine il est vrai, la France n'en est plus à un paradoxe près : des frontières passoires, une vision de l'immigration qui oscille entre angélisme et sentiment de culpabilité, le tout assaisonné d'expulsions sans nuances.
21:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Certains l'aiment verbeux
Chers lecteurs, chers lectrices, âmes sensibles,
Contrairement à ce que certains d'entre vous pourraient penser, à l'instar de Jean-Louis Andréani qui a dénoncé le phénomène dans le Monde de ce lundi, ceci n'est pas un discours anti-français primaire. Juste une petite comparaison entre deux visions d'une même chose, à savoir la définition d'un poste en vue d'un recrutement.
Offre d'emploi à la française :
Mission : "Définir et piloter la réalisation des « produits dérivés du catalogue » conformément aux demandes clients validées par le Marketing :
Pour ce faire, la personne doit :
- Analyser et transmettre le cahier des charges des nouveaux « produits dérivés du catalogue » aux acteurs du processus.
- Faire valider demande et coût de réalisation par le Product Manager concerné.
- Animer la commission « Définition Provisoire ».
- Assurer la communication et la cohérence des besoins du Marketing.
- Garantir le délai de disponibilité de ces produits, s'assurer que leur réalisation est conforme aux engagements annoncés à la commission « DP ».
- Mettre à disposition la documentation technique « client » (spécifications, manuels, instructions particulières) dans les meilleurs délais. Garantir le passage au catalogue de ces produits dans les délais définis :
Pour ce fair, la personne doit :
- Créer l'ordre d'évolution pour établir les dossiers de définition et de fabrication.
- Suivre et activer les processus d'homologation et de qualification si nécessaire.
- Présenter ces produits (justificatifs si nécessaires) à la commission « Passage au catalogue ».
Améliorer l'efficience du processus :
- Faire vivre les indicateurs.
- Alerter en cas de dérive.
- Proposer des axes de progrès en innovant.
(mes passages préférés sont en italique. Vous trouverez l'original de l'offre ici)
Offre d'emploi à l'anglaise :
MEDIA SALES EXECUTIVE-BASIC £15K OTE £25K, COMPANY CAR, STOKE ON TRENT, MON-FRI 9AM-5PM
An exciting opportunity has arisen for a sales executive to work for a highly professional, dynamic and succesful radio station.
The sales executive will be working in an already established internal team who are looking to increase sales revenue by increasing sales.
Will be required to meet monthly sales targets.
You will be keen to establish a career in media, be very professional, well groomed, well spoken be intelligent and have a commerical awareness.
Will have a background in media.
INTERESTED? CALL NEELAM ON 01782 264559 OR EMAIL neelam.purewal@adecco.co.uk (Employment agency)
(Original de l'offre ici)
20:30 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
27 décembre 2005
Lazare
J’ai dit : l’amour. Vers 1925. Comme les jeunes imbéciles d’alors, je ne croyais pas à son existence. Dans un petit cinéma, au moment ou la lumière reparut, je vis devant moi Nénette et Rintintin, dix-huit ans chacun. Ils ne s’embrassaient même pas. Avec tant d’émerveillement que je pensai aux insectes qu’on tue sans pouvoir desserrer leur étreinte. Cramponnés l’un à l’autre comme les mourants se cramponnent au fer rouge de l’agonie.
MALRAUX, Lazare
N.B pour les habitués : cette note n’est pas sans rapport avec la précédente.
19:30 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16 décembre 2005
(Note complètement personnelle)
Ce soir, vendredi 16 décembre 2005, est un moment très important pour moi, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec ce blog. Amis blogueurs qui me lisez, toi passant venu ici par hasard, ayez une pensée pour moi. Et même si on vous dit que le pire est toujours certain, soyez sûrs que certains jours le meilleur se révèle finalement possible.
22:15 Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
15 décembre 2005
Chiraquie
Reprise chez Bernard Salanié, cette belle citation du président de la République :
"Le communisme a échoué et le libéralisme échouera. Parce que s'il crée de la richesse, celle-ci se concentre entre des mains de moins en moins nombreuses. Le libéralisme, c'est beaucoup d'argent pour très peu et beaucoup de misère pour les pays pauvres. C'est un partage de richesse pas du tout équitable."
On constate que la droite française ne parvient toujours pas à s'assumer... A supposer, bien sûr, que le chiraquisme puisse être assimilé à un courant politique de droite. Ce qui à mon sens, reste à démontrer.
17:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
14 décembre 2005
Dans lequel on reparle de la dette publique
Aujourd'hui, le rapport sur la dette publique commandé par le gouvernement à un groupe d'économistes de tous bords politiques sous la présidence de Michel Pébereau, PDG de BNP Paribas. En dépit de sa composition pluraliste le groupe a rendu des préconisations d'orientation libérale, à savoir un gel des dépenses publiques, la réduction du nombre de fonctionnaires et d'administrations, ainsi que la fin de la politique de baisse des impôts mise en place par le gouvernement. Rien d'étonnant en voyant les chiffres de la dette actuelle et surtout les projections faites sur les décennies à venir. La dette atteint aujourd'hui 1 117 milliards d'euros, soit 66% du PIB de la France cette année. Ce pourcentage n'était que de 25% il y a vingt-cinq ans. Les projections prévoient un taux de dette publique de l'ordre de 200% en 2030.
Ces chiffres de prime abord semblent alarmants. Il convient toutefois de nuancer le propos. Même si la France dépasse les limites fixées par l'UE en ce qui concerne la dette, elle n'est pas le plus mauvais élève de l'Europe ; en Italie le taux de dette frôle les 100%, et n'est guère meilleur en Belgique. On notera cependant que le problème n'est pas tant la dette en elle-même que sa structure. En effet, la majorité de la dette a servi à financer les dépenses courantes de l'Etat et non à réaliser des investissements pour l'avenir du pays. Comme l'écrivait justement Versac, "la dette en soi n'est pas le problème, tous les Etats font un peu payer de leurs dépenses aux citoyens de demain, qui seront plus riches, et nous bénéficions aujourdhui des dépenses passées, qui ont généré de la dette, c'est de la solidarité inter-générationnelle". La dette française a cessé à ce jour de suivre ce cercle vertueux.
Le second problème est que la question de la dette est devenue un argument politique de choc, et que cela ne contribue pas à avoir une vision constructive de la situation. Je m'explique : des questions de finances publiques n'ont pas forcément leur place dans une vie politique dans laquelle le citoyen se conduit en consommateur. Envisager de toucher aux retraites de fonctionnaires, ou encore de réduire leur nombres à la faveur des départs en retraite provoque une levée de boucliers. Les baisses d'impôts mises en place font l'effet d'une carotte électorale, dont les consquences sur la dette sont dramatiques, puisque l'Etat baisse le montant de ses recettes sans pourtant réduire ses dépenses. Même réflexion pour les emplois contractuels dans la fonction publique, qui ne constituent pas de solution de long terme au chômage. Dans un pays où les décisions politiques sont, de plus en plus, prises dans une optique strictement électorale, la question de la dette n'a, hélas, pas fini d'être problématique.
21:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
13 décembre 2005
Long, long time ago
Stanley "Tookie" Williams, ancien chef de gang, convaincu de quatre meutres qu'il a toujours niés, et devenu au fil du temps une icône des partisans de l'abolition de la peine de mort aux Etats-Unis, a été exécuté ce matin. Je dis "au fil du temps" car près d'un quart de siècle se sont écoulés entre son jugement et son exécution. Sans vouloir aborder le débat sur la peine capitale, je me pose cette question : pourquoi avoir attendu si longtemps pour exécuter cet homme, puisque telle était la sentence ? Les faits datent de 1979, le jugement de 1981, l'exécution de 2005... Pourquoi ?
12:55 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
Un paria, par Tristan Corbière
Mon pavillon sur moi frissonne,
Il a le ciel pour couronne :
C’est la brise dans mes cheveux...
Et, dans n’importe quelle langue ;
Je puis subir une harangue ;
Je puis me taire si je veux.
Ma pensée est un souffle aride :
C’est l’air. L’air est à moi partout.
Et ma parole est l’écho vide
Qui ne dit rien — et c’est tout.
Mon passé : c’est ce que j’oublie.
La seule chose qui me lie
C’est ma main dans mon autre main.
Mon souvenir — Rien — C’est ma trace.
Mon présent, c’est tout ce qui passe
Mon avenir — Demain... demain....
CORBIERE, Le paria
12:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03 décembre 2005
Brèves d'Amérique (celle d'avant)
Passage de douane, aux Etats-Unis, fin 19e siècle. A la traditionnelle question "qu'avez-vous à déclarer" un écrivain anglais répond : "Rien, excepté mon génie." A l'époque, il a du passer pour fou, aujourd'hui, il frôlerait l'outrage à agent. Autre temps, autres moeurs.
Un témoignage du même, dans un hotel de l'Amérique profonde. Sur les murs du salon, une affichette. "Ne tirez pas sur le pianiste, il fait ce qu'il peut."
13:30 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26 novembre 2005
Du surréalisme
Les plus belles pailles
ONT LE TEINT FANE
SOUS LES VERROUS
"Rappelons que l'idée du surréalisme tend simplement à la récupération totale de notre force physique par un moyen qui n'est autre que la descente vertigineuse en nous, la promenade perpétuelle en zone interdite."
André BRETON, Manifeste du surréalisme
12:41 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Quoi ? l'Eternité
Ame sentinelle,
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu
RIMBAUD, Derniers vers
04:05 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25 novembre 2005
Revue de blogs : la loi anti-terroriste
En faisant ma revue de blogs du soir, j'ai lu avec grand intérêt le dernier billet d'Eolas sur la loi anti-terroriste ainsi que les commentaires. Je prends la liberté de le citer brièvement :
"Les principes que nos ancêtres ont proclamé à la naissance de la République étaient fondés sur la Raison, sur les lumières, et de ce fait ils sont éternels et en aucun cas soumis aux circonstances (...) Nous ne devons pas sacrifier ce qui est le socle de notre société sous peine de donner satisfaction à ceux qui posent les bombes pour détruire notre société. Aucune campagne de terreur n'a jamais renversé une démocratie : il ne faut pas que la démocratie se saborde par panique. La sécurité absolue est un mythe, et même sacrifier toutes nos libertés ne nous permettra pas de l'atteindre" (réponse au commentaire 11)
Qu'ajouter à cela, sinon que je suis totalement d'accord ?
23:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
24 novembre 2005
L'oeuf et la poule

Gustave COURBET, L'origine du monde
21:30 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
22 novembre 2005
Le post fourre-tout du mardi
Ce matin, dans le bus, une phrase de Chamfort me revient en mémoire : "En vivant et en voyant les hommes, il faut que le coeur se brise ou se bronze". Voilà qui résume l'état présent de mon esprit. J'aime Chamfort, j'aime ces moralistes pour temps difficiles, les esprits désabusés dans les ambiances fin de règne... Quoi de plus actuel...
Chez Salanié, je découvre la citation inscrite au pied de la Statue de la Liberté, citation que, comme vous vous en doutez, j'approuve à l'unanimité : "Those who would give up essential Liberty, to purchase a little temporary Safety, deserve neither Liberty nor Safety".
A marquer d'une pierre blanche : j'ai lu l'article d'André Glucksmann dans le Monde et je suis d'accord avec lui. Enfin, presque. D'ordinaire, ce qu'il écrit me hérisse, et ce qu'il représente me déplait, le gauchiste-intello-médiatique-ne quittons-pas-la-rive-gauche. Alors que j'aime bien, a contrario, un homme comme Régis Debray.
20:40 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19 novembre 2005
Prière stoïcienne
Mon Dieu, donne-moi le courage de changer les choses que je peux changer, la sérénité d'accepter celles que je ne peux pas changer, et la sagesse de distinguer entre les deux.
Marc-Aurèle
16:40 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11 novembre 2005
Dernières nouvelles de la république des lettres
Après la Sarko-soirée d'hier, les scènes d'émeutes qui font passer mon pays pour une république bananière l'actualité française commence sérieusement à me peser. De sorte que la note de ce soir sera littéraire, histoire de se changer les idées. Avant de quitter Paris j'avais enfin fini mon Henry James, Portrait de femme. Ce pavé de 600 pages et quelques est, je vous préviens : 1) franchement conventionnel 2) passablement ennuyeux 3) assez mal écrit.
Isabel Archer, jeune Américaine sans fortune, débarque dans le dernier quart du 19e siècle chez son oncle anglais, Mr Touchett, et son fils Ralph. Indépendante, curieuse du monde et des autres, Isabel refuse plusieurs demandes en mariage prestigieuses. A la mort de son oncle, l'héritage qu'il lui lègue la met à l'abri du besoin et lui permet d'aller voyager en Italie. A l'instigation de son amie Mme Merle, elle y rencontre un exilé américain, Gilbert Osmond, s'éprend de lui et l'épouse. Lorsque son mari se révèle être un triste sire, qui ne l'a épousée que pour son argent, Isabel, prisonnière des conventions de son époque, et désireuse d'assumer ses actes, se refuse à le quitter, malgré l'amour toujours vivace que lui vouent Ralph et ceux qui l'avaient demandée en mariage.
James se veut moraliste, mais sans grand succès. Les personnages sont mal brossés, le style bourré de ruptures. Par certains aspects de l'intrigue, notamment le personnage de Mme Merle, dont on découvre qu'elle a organisé en sous-main le mariage d'Isabel avec Osmond, son ancien amant, on pense (de très loin) à Laclos et à ses Liaisons. Le dictionnaire des oeuvres dit de ce livre qu'il peut à la fois satisfaire le lecteur le plus futile comme le plus exigeant. Sur ce dernier point, vous l'aurez compris, je suis loin d'être convaincue.
23:25 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
09 novembre 2005
A celui qui trouve une utilité à la littérature
Il n'existe pas de livres moraux ou immoraux. Un livre est bien ou mal écrit. C'est tout. La vie morale de l'homme forme une partie du sujet sur lequel travaille l'artiste, mais la moralité de l'art consiste en un usage parfait d'un moyen imparfait. L'artiste n'a pas de références morales. Chez l'artiste, une préférence morale trahirait un style impardonnablement maniéré. L'artiste n'est jamais morbide. L'artiste peut tout exprimer. Le vice et la vertu sont le matériau de son art.
On peut pardonner à un homme d'accomplir une oeuvre utile si il ne l'admire pas. La seule excuse d'une oeuvre inutile, c'est qu'on l'admire intensément.
Tout art est complètement inutile.
Oscar WILDE
23:00 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Un couvre-feu, du fric, et du vent
.... c'était ce soir sur TF1. Ai-je manqué quelque chose ?
Ajout du 09/11/05 : Essayons de tirer un bilan des mesures Villepin. La loi de 1955 est certes critiquable (le souvenir de la guerre d'Algérie...), mais elle répond à une situation exceptionnelle et pour une durée limitée (12 jours). Par définition un état d'urgence est temporaire. La situation ne justifiait pas de recours à l'article 16 de la constitution, mais il fallait néammoins obtenir rapidement un retour un calme pour éviter d'autres dérives (telles que la création de milices dans les quartiers) Ce qui semble être le cas.
L'intervention de Villepin, selon ce qu'en rapporte la presse, a été au fond assez décevante. Je me demande bien pourquoi le gouvernement n'a pas réagi plus tôt. Chirac, dont c'était pourtant le rôle, avait botté en touche en disant qu'il s'exprimerait "le moment venu". A part une tribune verbeuse dans le Monde, Sarkozy a fait preuve d'un relatif silence au vu de ses talents médiatiques. Et au bout de douze jours seulement Villepin apparaît sur TF1. Qu'aurait coûté une intervention du chef de l'Etat en direct de l'Elysée et une autre de Sarkozy dans les quartiers ? cela aurait été un symbole bien plus fort qu'une simple interview de notre séduisant Premier Ministre sur un plateau télé. Quitte à donner dans la démocratie médiatique, autant le faire avec panache !
Le discours de nos leaders d'opinion (presse et hommes politiques) oscille d'un extrême à l'autre. D'un côté l'angélisme auxquels la gauche nous avait habitués : la misère sociale est cause de toutes ces émeutes, Sarkozy n'aurait pas dû insulter ces pauvres jeunes. Et Libé d'appeler à la démission de Sarkozy.... Quelle irresponsabilité !! Il est vrai que le propos de Sarkozy n'était pas heureux : pour devenir un homme d'Etat, il faut apprendre à rassembler plutot qu'à diviser, et mettre dans le même sac des jeunes voyous et des habitants honnêtes des cités n'était pas le meilleur moyen pour le faire. Même si l'intervention de Sarkozy avait été tronquée (il répondait à une question d'une habitante, qui avait employé le mot "racaille")
D'un autre côté notre brave droite, toujours prête à nous imaginer des mesures fortes à durée indéterminée. Pour comprendre l'origine des émeutes, on ne peut pas nier l'existence de problèmes sociaux, et d'une politique d'immigration foireuse. Officiellement très ouverte, notre société rejette de plus en plus toute différence, tout risque, toute mutation. Mais on peut comprendre sans excuser. Je ris jaune en lisant l'interview d'un jeune homme dont les propos se résument à "j'ai le bac, pas de travail; pourtant j'envoie plein de CV, c'est injuste" en pensant à tous les Bac + 5 qui acceptent des stages non rémunérés faute de trouver un emploi dans leur domaine et qui ne vont pas incendier des voitures pour autant.
Les mesures annoncées par Villepin me laissent sceptique. Quelle réponse une agence de l'égalité des chances va- t'-elle pouvoir apporter à un tel problème de fond ? Une administration peut-elle recréer un "vivre ensemble" dans une société à laquelle beaucoup ne croient plus ? Nos gouvernements successifs tentent, à chaque fois, de répondre aux questions socio-économiques par la création d'une structure publique supplémentaire. Alors que les fonctions régaliennes de l'Etat, telles la sécurité ou l'éducation, ne sont pas assurées comme elles devraient l'être. Ô cercles vicieux de l'Etat-Providence...
14:55 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
07 novembre 2005
L'amoureuse
Elle est debout sur mes paupières
Et ses cheveux dans les miens
Elle a la forme de mes mains
Elle a la couleur de mes yeux
Elle s'engloutit dans mon ombre
ELUARD
23:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
04 novembre 2005
Demain, la guerre civile ?
J'avoue, je n'avais pas suivi l'affaire des deux jeunes gens (je trouve idiot le terme générique "jeune" qu'on emploie à tout bout de champ pour désigner tout individu entre dix et trente ans) électrocutés dans un local EDF à Clichy. Ni les troubles qui ont agité le département ensuite. C'est en ouvrant la presse que je découvre l'ampleur des émeutes. Huit jours que cela dure, et que cela s'étend, ensuite, à d'autres départements français. Incendies de bâtiments, caillassages de RER dont les passagers ont été rackettés, incendie d'un bus (avec les passagers dedans, une dame a été sévèrement brûlée) Lire ici, là, et les réactions de la presse étrangère. Bien sûr, il faut en prendre et en rabattre : certains médias aiment à se faire peur. Mais il ne faut pas non plus sous-estimer ces évènements (je ne sais plus qui disait que c'était le même terme que pour les "évènements" d'Algérie) Ni à mon sens, sous-estimer la réponse que le gouvernement doit faire à ces violences. Fermeté et dialogue, dit M. de Villepin. Dialogue certes, mais fermeté d'abord. Parce que ce qui se passe est inacceptable.
Bien sûr, il y a des causes plus profondes qui doivent être prises en compte. La pauvreté, la misère, le racisme, les discriminations dont sont victimes les personnes d'origine étrangère, Français ou non, le tout enchâssé dans le problème de l'immigration en France, qui est le plus grand tabou de notre société et auquel jamais aucun gouvernement n'a essayé d'apporter une réponse raisonnée et réaliste. Définir qui, quand, comment, naturaliser, régulariser ou renvoyer dans le pays d'origine, selon des critères bien définis, et en prenant en compte leur degré d'intégration dans la société française. En résumé, on peut comprendre, mais on ne peut pas excuser une telle guérilla urbaine.
Je ne suis pas nationaliste, je ne suis pas marxiste, je ne suis pas raciste, je pense avec Renan que "la patrie, c'est ce qu'on aime". Je suis libérale dans mes choix économiques, au sens où je ne crois pas à l'Etat-Providence, sans être aveugle sur les dérives du capitalisme actuel. Je suis athée. Je vote à droite, mais me sens plus proche de la gauche sur pas mal de sujets. Je suis très attachée aux libertés individuelles, et toujours prête à brandir le texte de loi qui les protège et à m'indigner quand elles sont menacées. Je pense que tout individu est l'égal des autres indépendamment de toute considération de sexe, d'orgine ethnique, de religion, d'âge et de condition sociale. Je suis sûre, comme Condorcet, que l'école de la République peut et doit (même si aujourd'hui elle ne le fait plus guère) offrir à chacun la possibilité de se tailler un avenir à la mesure de ses mérites. J'ai rêvé à une Europe politique, et j'y crois toujours. Je préfère l'individu à la société et la société à l'Etat.
Je n'aime pas les Cassandre et autres prophètes de malheur. J'essaie de ne pas me laisser emporter par l'émotion. Et cependant je crains qu'un jour ou l'autre, il ne faille envoyer l'armée dans les banlieues. J'ai l'impression, comme Pharamond, que mon pays, doucement, s'achemine vers une guerre civile.
Et vous qui me lisez, qu'en pensez-vous ?
13:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
Visages de l'intolérance
Dominique, 50 ans, est chômeuse. Les recruteurs qui la reçoivent en entretien et qui lui ont serré la main à son arrivée ne la lui serrent plus en partant. Au cours de l'entretien, Dominique a dit qu'elle était séropositive. Alors ils craignent la contamination. La connerie humaine est infinie.
13:20 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02 novembre 2005
Un problème de générations ?
Hier soir, en partant à la gare, j'ai entendu à la radio (Europe 1, je crois) une partie d'un débat consacré au statut des stagiaires. J'avais déjà parlé ici du mouvement Génération Précaire, dont j'avais signé la pétition il y a quelques semaines. Le débat d'hier confrontait, entre autres, un représentant de ce mouvement ("Lionel") un responsable de L'Etudiant et un représentant du MEDEF, en l'occurence Charles Beigbeder. Train oblige, je n'ai pas pu écouter toute l'émission, mais ce que j'ai entendu était assez édifiant. J'ai l'impression que cette question des stagiaires est très mal comprise par les décideurs. Les différents intervenants évoquaient des problèmes d'orientation des étudiants, le fait que les stages n'étaient pas payés à leur époque (le monde a néanmoins légèrement changé depuis leurs vingt ans) le fait que ces stages non-payés ne concernaient que des étudiants peu diplômés, et last but not least, l'inadéquation entre les besoins des entreprises et les demandes des étudiants. L'un des intervenants demande si pour renégocier le statut des stagiaires il convient de s'adresser aux... BDE des écoles, un second souhaite créer des sites dédiés à l'embauche des stagiaires (ils sont déjà légion... Kapstages, Jobstage, En Stage, j'en passe...) Et le débat dérive doucement sur la professionnalisation de l'université et son financement (questions ô combien polémiques et intéressantes, mais hors-sujet) Quelques témoignages bien sentis recentrent le débat. Notamment un père d'une jeune diplômée qui raconte le parcours de sa fille, Bac + 5, école de commerce, trilingue, plusieurs expériences à l'étranger, plusieurs stages à son actif, ... les entreprises se montrent intéressées par son profil, ont du travail à lui confier... mais dans le cadre d'un stage uniquement.
Impression qu'un grand fossé sépare ma génération des décideurs d'aujourd'hui. J'étais surprise de voir que le représentant du MEDEF semblait découvrir l'état du marché du travail d'aujourd'hui. Un problème de générations ?
En tout cas, les revendications de Génération Précaire n'ont rien d'irréaliste. Bien sur, les différences sectorielles et de taille de l'entreprise doivent être prises en compte. Un patron de TPE n'aura pas les moyens de rémunérer son stagiaire, mais celui-ci ne sera pas cantonné aux photocopies; en revanche un grand groupe ou une filiale d'un grand groupe a parfaitement les moyens de payer au smic les plus qualifiés de ses stagiaires. Si le mouvement arrive à faire augmenter le seuil de l'indemnité au dessous de laquelle une entreprise ne paie pas de charges pour son stagiaire (soit 30% du smic à l'heure actuelle) et à réactualiser le statut des stagiaires, ce sera déjà bien... Quand aux sociétés qui emploient massivement des stagiaires diplômés, alors que leur activité justifie largement la création d'un poste, il suffit d'appliquer la législation déjà existante...
Pour conclure, une petite page de pub : je relaie une info fournie par le site de Génération Précaire sur M6. Effectif de l'entreprise : 907 personnes permanentes. Nombre de stagiaires : 570. C'est ici. Cherchez l'erreur.
17:38 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
28 octobre 2005
Vanité...
Frères humains qui après nous vivez
N'ayez les coeurs contre nous endurciz,
Car, ce pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tost de vous merciz.
Vous nous voyez ci, attachés cinq, six
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéca devorée et pourrie,
Et nous les os, devenons cendre et pouldre.
De nostre mal personne ne s'en rie:
Mais priez Dieu que tous nous veuille absouldre!
Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir desdain, quoy que fusmes occiz
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas le sens rassiz;
Excusez nous, puis que sommes transsis,
Envers le filz de la Vierge Marie,
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale fouldre
Nous sommes mors, ame ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
Prince Jhésus, qui sur tous a maistrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie:
A luy n'avons que faire ne que souldre.
Hommes, icy n'a point de mocquerie;
Mais priez Dieu que tous nous vueille absouldre!
François VILLON, La balade des pendus
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26 octobre 2005
Délit de faciès et autres incohérences
Le Monde daté d'hier nous fait part d'un mini incident diplomatique entre la France et les Etats-Unis. Notre ministre à l'égalité des chances, M Azouz Begag, a en effet passé un quart d'heure dans une chambre verte à l'aéroport d'Atlanta avec un agent des douanes pour un contrôle supplémentaire - alors qu'il est ministre en exercice, attendu à l'aéroport et porteur d'un visa spécial. Depuis 2001, le ministre confie avoir eu les mêmes problèmes lorsque qu'il était venu en tant de simple citoyen, en raison de sa couleur de peau. En France, la situation n'est guère meilleure ; M. le ministre (détail qui serait comique si cela n'était pas révélateur) est en effet assez souvent confondu par ses interlocuteurs avec son... garde du corps.
Je serais assez tentée de plaindre M Begag et de m'insurger contre cette discrimination au faciès, incompatible avec l'idée républicaine d'égalité des citoyens au delà de leurs différences. Mais trois pages plus loin je tombe sur un autre article, hélas classé dans les archives, qui me rend le ministre beaucoup moins sympathique. M Begag avait proposé il y a peu que les entreprises aient à déclarer l'orgine "ethno-culturelle" de leurs salariés, dans le très louable but de lutter contre les discriminations à l'embauche. Ce qui est, Dieu merci, complètement illégal, à ce jour du moins. Comme quoi l'enfer est souvent pavé de bonnes intentions...
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23 octobre 2005
Mes chéris...
.... je vous lèguerai des processus
15:25 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Ce que dit l'assassin
"Demain est identique à hier, ou à trois années en arrière, insipide. Le temps (...) est figé, mais la vie s'écoule. Vivre dans l'atemporalité fabrique à la longue des êtres indifférents à tout ce qui ne les implique pas directement. Ici, personne ne s'est choisi, (...) est un monde d'images, d'apparences. Qui s'en départ s'expose. Ici, c'est la bêtise réglementaire qui régit le plus souvent le quotidien, jusqu'à vous placer en spectateur de vous-même. Le plus grand nombre perd ainsi, au fil des ans, la capacité de s'autodéterminer. Se fondre dans le moule, abdiquer toute spécificité est vendu comme l'archétype de la «normalité», et la veulerie érigée en parangon de gestion de sa vie."
L'homme qui écrit ces lignes purge depuis 22 ans une peine de prison pour meurtre. C'est sans doute étrange mais la façon dont il parle de sa vie me fait penser à d'autres vies. Des vies de personnes libres, certes. Mais leur existence répétitive, sans but, sans sens, sans sève, une vie de fourmi humble et soumise, de petit rien conscient de l'être et l'ayant accepté, ressemble à celle de cet assassin entre ses quatre murs.
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20 octobre 2005
Inutile, mais bon...
Il s'appelle Rory Caroll, il a 33 ans, il est Irlandais et occupe le poste de correspondant en Irak pour The Guardian. Il a été enlevé par des hommes armés à Bagdad après une interview, sa rédaction vient de le confirmer aujourd'hui. Je pense à lui, à sa famille, à ses proches, à ses collègues. Hold on, Rory. Oui, cette note ne sert à rien. Je le sais. Mais bon...
14:55 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Post-soviétisme
Lors d'un attentat, les civils trinquent deux fois. La première fois lors des faits. Ensuite, à cause des restrictions de libertés/enquêtes/abus divers qui s'ensuivent.
A Naltchik, dans le Caucase russe, à la suite des attaques de la semaine dernière qui ont fait 137 morts, la phase II est enclanchée. A la façon russe, pardon, ex-soviétique : l'individu ne compte pas, alors, vous pouvez y aller. On contrôle, on perquisitionne systématiquement ou au petit bonheur. Vous protestez, on vous abat. Témoignages ici.
Lorsque je vivais en Russie, j'ai très vite compris (et cela valait mieux pour moi) ce rapport très particulier à l'Etat. Il n'est pas là pour vous aider ni pour vous protéger. Vous ne le contestez pas, du moins pas ouvertement. Vous le raillez en privé, avec ces blagues politiques dont les Russes ont le secret. Au contraire, l'Etat est perçu comme un ennemi. Non pas par libéralisme politique, non. Tout simplement parce vous savez que face à lui, votre vie d'homme ne pèse pas lourd. Que vaut la vie de quelques individus face au système ? Rien. Cela fut le cas pendant des siècles, pourquoi cela changerait-il en quatorze petites années ? Lors de la prise d'otages de la Doubrovka à Moscou, y pour mettre fin les services de sécurité avaient employé des gaz mortels, tuant les preneurs d'otages et une partie de leurs victimes. Alors vous apprenez à esquiver, à négocier. A déguerpir au moindre uniforme dans la rue. Un simple contrôle d'identité peut tourner vite à l'aigre. Loi de la jungle. Ne compter que sur soi-même. A part ça, tout est possible.
Le cas de la Tchétchénie est très particulier. Beaucoup considèrent que "Poutine n'a qu'à donner son indépendance à la Tchétchénie et la guerre sera finie". Pas sûr. D'autant plus que jamais la Russie n'accordera d'indépendance aux Tchétchènes, et ceci pour de multiples raisons politiques, économiques, stratégiques, religieuses que je ne vais pas exposer ici (je ferai une note après là-dessus si cela vous intéresse). Je n'excuse en rien les atrocités commises par l'armée russe durant ces deux guerres. Ni les horreurs qui se passent aujourd'hui. Disons qu'en replaçant ces attitudes dans leur contexte historique, on les comprend mieux. Comprendre, pas excuser. Par contre, dans des pays comme le nôtre, ou comme les Etats-Unis, qui affichent des valeurs de liberté et de respect de la vie humaine, je suis beaucoup plus critique. Parce qu'on ne peut pas donner de telles valeurs à un Etat en théorie et les fouler aux pieds en pratique. Théorie contractuelle de Locke, reprise dans la constitution américaine : lorsque l'Etat ne respecte plus les principes au nom duquel il dispose d'un pouvoir sur les citoyens, ceux-ci ont le droit et le devoir de se rebeller contre lui. C'est parait-il la raison initiale de l'attachement des Américains au droit de posséder des armes à feu : pour pouvoir le cas échéant les utiliser contre l'Etat.
Signalons pour finir sur une note optimiste un superbe film sur la première guerre de Tchétchénie, Le prisonnier du Caucase, de Serguei Bodrov. Histoire de deux soldats russes prisonniers des Tchétchènes, d'après une nouvelle revisitée de Tolstoi. Ce film de guerre parle de tolérance et de paix d'une façon magnifique. A ne pas rater si vous avez l'occasion de le voir.
14:35 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18 octobre 2005
Un certain regard
Ami blogueur... vous aimez les voyages, les langues zé cultures étrangères ? vous avez, tout au fond de votre être, un penchant secret pour le masochisme ? Que vous ne vous avouez pas si ouvertement, bien sûr. Néammoins, vous rêvez en secret de flagellations. Carnets Critiques vous fait part d'un moyen commode pour assouvir votre penchant. La recette est simple. Expatriez-vous, si possible dans un pays ou un continent dit "à mentalité impériale", ouvrez un blog et décrivez votre vécu dans ce pays. Vous n'allez pas être déçu.
Je lis souvent des blogs d'expats. Pierre Haski à Pékin, Riché et Mauriac aux USA, Olivier Hensgen (mais son blog est clos) au Brésil, par exemple. Bien souvent, les commentaires tournent à l'aigre, et très rapidement, aux insultes. Cet Occidental ne comprend RIEN à notre grand pays. Il ferait mieux de se taire.... Voir Pierre Haski défendre la rigueur professionnelle des journalistes de Libé face à un marxiste-léniniste agressif qui lui oppose la prose d'un obscur partiscule communiste belge, ça ne manque pas de sel. Mais si, il s'est passé des choses graves à Tiananmen. Non, ce n'est pas de la propagande occidentale...
Ces jours derniers, la blogosphère francophone s'étripe autour du blog de Lucie Werther, une jeune Française qui décrit dans son Abou Dhablog sa vie d'expatriée aux Emirats. Lucie écrit très bien et porte un regard sensible et curieux sur ce monde si différent malgré la modernité ostentatoire des Emirats. Depuis le début du Ramadan, les commentaires acides, voire insultants, pleuvent sur son blog. Qui est donc cette femme qui ne comprend pas l'Islam ? pourquoi décrit-elle si longuement les problèmes sociaux du pays au lieu d'évoquer la beauté du désert ? Etc. On l'accuse de mépris; de méconnaissance du pays. D'être une expatriée profiteuse.
Pour avoir été également expatriée, je connais bien cette catégorie de Français de l'étranger dont la seule motivation est le montant de la fiche de paie en bas à droite. Qui vivent trois ans ou plus dans un pays sans fréquenter la population, ni sortir, ni avoir même l'idée d'apprendre la langue. On parle anglais au Carrefour du coin : pourquoi donc s'échiner sur un alphabet imprononçable ? Visiblement Lucie n'est pas de ceux-là.
Je déteste par principe le fait de rattacher tout point de vue humain à un pays, une origine définie. Rien ne m'agace plus que de m'entendre demander "tu es d'où ?" Cependant chaque regard sur le monde, chaque point de vue se nourrit malgré nous de notre vécu et de la culture dans laquelle nous avons été élevés. Rien que de très banal à cela. Cela ne nous empêche en rien de vouloir comprendre l'autre. Cela explique que Lucie voie le monde avec ses yeux d'Occidentale, laïque, attachée aux problèmes sociaux et à la condition des femmes. Personnellement, je trouve beaucoup d'humanité dans ses textes, et aucun désir de blesser son lectorat musulman.
En tout cas, la blogosphère est censée être un espace de débats, pas un défouloir à grand renfort de commentaires verbeux et saupoudrés d'insultes. Après les affaires Skyblogs, ce n'est certes pas ce genre d'attitude qui va contribuer à améliorer la crédibilité de la blogosphère comme media émergeant... Le métier de journaliste dont rêve Lucie a encore de beaux jours devant lui.
22:45 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Hypocrisie
La femme est l'avenir de l'homme, chantait Aragon. Tous égaux, indépendamment de toute considération de sexe ? Vraiment ?
Romain Gary écrit (en substance, je cite de mémoire) dans La Nuit sera calme : un homme qui collectionne les aventures pour le sexe est un séducteur, un Don Juan, un Casanova. Une femme qui fait la même chose par goût pour le plaisir reste aux yeux des autres une fille facile, voire une salope.
Vous aviez dit féminisme ?
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Chèques-cadeaux
Le gouvernement français a parfois des accès de générosité inattendus. Témoin les mesures du "programme expérimental d'aide au retour des étrangers en situation irrégulière" expérimenté sous l'égide de Mme Vautrin, ministre déléguée à la Cohésion sociale et à la Parité. Je cite la ministre (propos tenus lors d'un entretien au Figaro, et pardonnez-moi mes chers blogueurs de féminiser son titre, mais, comme vous le savez, le neutre n'existe pas en français)
"L'aide au retour telle que nous voulons la mettre en place est complémentaire. Pour favoriser le départ des irréguliers, l'incitation financière sera très forte. Chaque adulte recevra 2 000 euros, un couple 3 500 euros, puis 1 000 euros seront alloués par enfant jusqu'au troisième et 500 euros pour les suivants. Un couple avec trois enfants percevra ainsi 5 000 euros qui lui seront versés au cours de la première année de sa réinstallation dans le pays d'origine. (...) Les familles déboutées du droit d'asile seront prioritaires mais chaque étranger en situation irrégulière pourra y prétendre à l'exclusion de quelques catégories comme les anciens étudiants, les conjoints de Français."
Que de largesses françaises ! Prenez l'argent et partez... La question du budget n'est pas problématique pour tout le monde, on dirait. Mais à qui fera-t-on croire que cette somme suffira à convaincre de retourner dans leurs pays d'origine des personnes qui ont tout fait pour le quitter, parfois dans des conditions très dures et/ou qui vivent tant bien que mal en France depuis plusieurs années ? La politique française en matière d'immigration a toujours été menée en dépit du bon sens; marquée par notre culpabilité coloniale dont on ne parvient pas à se débarrasser. Il y a rarement des sujets aussi tabous. La France n'a jamais osé mettre en place une politique d'immigration convenable : les conditions pour obtenir un titre de séjour ou la naturalisation sont durcies alors que rien ne parvient à enrayer l'immigration clandestine. Et rien n'est fait pour intégrer les nouveaux venus.
On ne peut pas offrir à chacun la citoyenneté française, ni le droit de résider en France, mais on devrait être néamnoins capable d'accueillir décemment des immigrés légaux et de donner à leurs enfants une chance de réussite grâce à l'école. Mais l'ascenseur social républicain, pour les petits immigrés comme pour les autres, est HS. Hors du foot et du Loto, point de salut. Star Ac', aussi, peut-être. Il bien loin le temps où le petit-fils d'un paysan illettré avait une chance d'accéder aux plus hautes fonctions de l'Etat. La France libre, égalitaire et fraternelle va finir par ne plus l'être que pour ses élites.
21:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
14 octobre 2005
Génération précaire
Elle ou il a une petite vingtaine d'années, un niveau Bac + 5, travaille généralement dans la communication, la presse ou le marketing (les secteurs qui craignent le plus) Enfin, officiellement, ne travaille pas. Elle/il est en stage. C'est à dire qu'elle/il complète sa formation théorique par une expérience en entreprise. Pas de contrat de travail, juste une convention de stage. Pendant six mois, voire un an. A plein temps, 35H minimum et plus si affinités (il y a souvent des affinités, en fait...) Pas de congés. Pas d'arrêt maladie (on retire de facto de ses indemnités le montant correspondant aux jours de non-présence). Les indemnités, parlons-on : 30% du SMIC, parfois rien, parfois un peu plus. Imposables, naturellement. Et lorsque le stage s'achève, un autre stagiaire prend sa place. Autrement dit, le travail du stagiaire pourrait parfaitement être fait par une personne en CDI. Dans certains cas, la quasi-totalité de l'organigramme de la structure est composé de stagiaires.
C'est contre cette situation que s'insurgent quelques uns qui ont lancé l'idée d'une grêve des stagiaires et défilé le 4 octobre, vêtus de noir et masqués. Et une pétition circule sur Internet (c'est ici)
Lorsque j'étais étudiante, j'avais vu sur les murs une affiche de je ne sais plus quelle organisation qui m'avait sidérée: "Non à l'entreprise, requin de l'université". Même si le travail en entreprise est parfois aussi ingrat qu'ailleurs, où ces jeunes gens comptent-ils trouver de quoi faire bouillir leur marmite ? Comptent-ils sur l'Etat pour leur fournir un contrat d'Etat précaire, type Emploi-Jeune (NB : lorsque l'Etat crée des contrats publics précaires, c'est un ambitieux projet de relance pour l'emploi, quand il autorise le privé à faire de même, c'est une généralisation de la précarité...)
Entre ces deux réalités, je prends le parti de la demi-mesure. Il me parait normal de rémunérer un étudiant en début de cursus à 30% du SMIC, voire pas du tout, pour un stage de quelques mois. Mais rémunérer un Bac +5 recruté au bout de trois entretiens à 30% du SMIC pour six mois ou un an, ce n'est pas acceptable. Il est normal, et il est même urgent, de généraliser les stages en entreprise à l'université, mais je suis tout à fait favorable à une loi obligeant les entreprises à rémunérer au SMIC les stagiaires en fin d'études. Pour mettre fin à l'aberration que constitue pour un étudiant le fait d'être payé 300 euros pour un travail générateur de valeur ajoutée pour l'entreprise et nécessitant une qualification et 1000 pour un job étudiant alimentaire qui n'en nécessite pas.
17:20 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
La presse en parle...
Les titres de Libération ce matin ; j'ai l'impression que les rédacteurs se sont lâchés aujourd'hui. Titre : "La France sur ses ergots" (non, on ne parle pas de l'amitié franco-américaine, mais de la menace de la grippe aviaire) Un peu plus loin, "Les députés récidivent" à propos de la seconde lecture de la loi proposée par Pascal Clément. Encore plus frappant, sur les suites de l'affaire Cofidis "Cinq mises en examen pour exercice du journalisme". Mais que se passe t'il ?
Je lis Libération (édition en ligne) depuis assez peu de temps en fait, et c'est vrai que je le cite très souvent dans ce blog. J'aime le style mordant des Portraits, l'importance accordée aux témoignages dans les articles, l'humanité qui se dégage entre les lignes, les tranches de vie dans la rubrique Société. J'aime beaucoup moins la tendance aux citations-chocs comme sous-titres. Exemple lors de la couverture du séisme au Pakistan : "Je suis venu pour appeler au secours, ils vont tous mourir." Certes, le choc des mots peut être salutaire parfois. Pour dénoncer ce qui, en effet, n'est pas acceptable. Je pense à la gestion de l'ouragan Katrina aux US, par exemple. Au Pakistan, c'est un simple tremblement de terre. "Simple" parce que c'est un phénomène naturel certes tragique, mais difficilement évitable. Contrairement à Katrina, qui était aussi un évènement naturel inévitable mais dont la portée aurait pu et du être circonscrite et les suites (l'organisation des secours) mieux planifiée. L'écueil premier de la presse, c'est le sensationnalisme à répétion. Trop d'horreur banalise l'horreur. Parfois il faut garder les mots et les images qui soulèvent le coeur pour ces moments qui dépassent vraiment l'acceptable. Sous peine de faire du spectacle du monde une tragédie devant laquelle la sensibilité s'émousse et à laquelle chacun finalement s'habitue.
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11 octobre 2005
Regarder la vie en face
Cher Leonard...
Regarder la vie en face toujours regarder la vie en face et la connaître pour ce qu'elle est enfin la connaître, l'aimer pour ce qu'elle est et puis s'en défaire... Leonard... toujours les années entre nous toujours les années toujours l'amour toujours les heures...
Extrait du film de Stephen Daldry, The Hours
23:55 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10 octobre 2005
La question turque
Cela s'est joué à peu de chose. Les négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne ont commencé la semaine dernière. L'Autriche, partisane de la politique du partenariat, a fini par baisser la garde. L'honneur est sauf, estime Ankara. Les négociations prendront dix ans au moins, et ne joueront pas totalement puisque la Constitution française soumet à référendum la ratification par la France de l'adhésion turque. Espérons que cette fois-ci les Français répondront à la question qu'on leur pose et non à côté. Car la question turque n'est pas anodine. Non, vraiment pas.
Je suis contre l'adhésion turque et ceci pour plusieurs raisons. L'une concerne la Turquie elle-même. L'autre, l'idée que je me fais de l'Europe. Qu'est-ce que l'Europe ? au delà d'une conception géographique parfois incertaine (jusqu'à Brest-Litovsk ? si loin ? et pas au delà ?) l'Europe est avant tout une communauté de nations unies par les mêmes valeurs. (Et ce n'est pas une question de religion ! ) Lesquelles, me direz-vous ? Ouvrez le texte du Traité Constitutionnel européen, partie II : tout y est. Laissons de côté le débat sur l'utilité pour l'Union d'avoir une frontière avec l'Irak, et revenons aux principes. Ces principes sur lesquels nous fondons l'Europe, la Turquie ne les respecte pas. Violences policières, oppressions des minorités, rôle de l'armée, renaissance dans la société du fondamentalisme religieux (le Figaro consacrait, le jour de l'ouverture des négociations, un petit lien à la récurrence des crimes d'honneur) question chypriote, question kurde : voilà bien des plans sur lesquels la Turquie prouve sa non-adhésion, aujourd'hui, aux valeurs de cette Union dont elle souhaite devenir membre. Passons sur les beaux discours du président Chirac, qui prouve une fois de plus son attachement à l'Union - Eurobashing, comme on dit. Best of Jacques Chirac, inventeur de l'Union-Providence : "Au nom de quoi, au nom de quelle tradition humaniste, européenne, nous pourrions dire à des gens qui nous disent 'nous voulons avoir les mêmes valeurs que vous', 'on vous veut pas' ? Au nom de quoi ? Si dans un mouvement d'humeur, un peu léger, ou une réaction un peu épidermique, on dit 'ben non, ils ne sont pas européens, qu'ils s'en aillent', qui vous dit que cet espace ne basculera pas, le monde évoluant tel qu'il évolue aujourd'hui, dans l'intégrisme ? Vous vous rendez compte de la responsabilité qu'on prendrait si on disait 'non, y'a rien à voir, circulez, on ne vous veut pas' ?" Gardons pour la fin, à l'heure de la repentance universelle, le refus de la Turquie de reconnaître le génocide arménien (Stalker a écrit là-dessus une note mémorable) et une petite pensée de l'Europe-Providence pour le journaliste turc d'orgine arménienne jeté en prison pour avoir osé en parler.
Par ailleurs, ce pose la question de l'Europe elle-même. Elle sera, pour paraphraser Malraux, ce que nous en ferons. Le vote du 29 mai a mis à mal le rêve de beaucoup de partisans du Oui, celui d'une Europe unie, d'une Europe politique, d'une Nation-continent résolue à se construire, dans une monde multipolaire, un avenir digne de son passé. La perspective d'une adhésion turque laisse à imaginer une Europe vaste communauté économique, et encore ! un enchevêtrement de nations à géométries et perspectives variables, sans destin commun, sans politique, sans puissance. Euroland, comme ils disaient. On ne fera pas d'Union politique avec la Turquie à bord alors que les institutions du traité de Nice sont déjà obsolètes pour une Union à 25 membres. Et dire que certains reparlent d'Eurafrique !
Juppé évoque une Union à deux vitesses, avec un petit noyau de pays tentant une aventure plus politique. (L'Union européenne qui va se bâtir à 30 ou 40 (car après la Turquie viendra l'Ukraine et ainsi de suite) n'aura plus grand chose à voir avec le "rêve" - partagé par beaucoup d'entre nous - d'une Europe politique capable d'affirmer ses positions sur la scène internationale, dans un esprit de partenariat mais d'indépendance, écrit-il, je reprends ses propos car je les partage entièrement...) Quid de cette idée ? Mais au fond, les dés ne sont pas jetés. L'Histoire n'est pas un processus irréversible. Je souhaite en tout cas à la Turquie d'évoluer lentement vers un modèle plus européen, et de devenir, dans le cadre d'un partenariat privilégié avec l'Union, l'un de ses meilleurs alliés. Rendez-vous dans les urnes.
20:17 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Chancelière
Fin du suspense. Ce sera bien Angela Merkel qui prendra les rênes d'une grande coalition CDU/SPD en Allemagne. La crise prend fin. Nombre de portefeuilles importants ont été donnés à la gauche; la rupture CDU attendue n'aura pas lieu. N'empêche que c'est une première de voir une femme nommée à la tête du gouvernement allemand.
Viel Glück, Angie !
19:25 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
04 octobre 2005
L'éternité ? non merci !
Hier dans un moment de désoeuvrement j'ai mis à jour mon profil MSN, avec notamment une photo. En ouvrant mon ordinateur ce matin j'avais cinq mails me proposant "de faire connaissance". J'ai particulièrement goûté celui-ci :
"la vie ne vaut detre vécu ke si elle é vécu comme un reve je recherche une ame soeur ki me guidra dans cet vie si tu veu contact moi peu etre ke cet vie saura la notre pou létérnité"
Sic.
17:27 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
02 octobre 2005
Sur la tolérance
Ce n'est donc plus aux hommes que je m'adresse; c'est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s'il est permis à de faibles créatures perdues dans l'immensité, et imperceptibles au reste de l'univers, d'oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un coeur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d'une vie pénible et passagère; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil; que ceux qui couvrent leur robe d'une toile blanche pour dire qu'il faut t'aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire; qu'il soit égal de t'adorer dans un jargon formé d'une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau; que ceux dont l'habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d'un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d'un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu'ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu'il n'y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s'enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu'ils sont frères ! Qu'ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l'industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l'instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu'à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.
VOLTAIRE, Traité sur la tolérance (1763), chap. XXIII.
Et pendant qu'en petit scribe du web je copie ces lignes, hier à Bali, demain sans doute ailleurs, le fanatisme continue....
13:55 Publié dans La vie est ailleurs, Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27 septembre 2005
La constitutionnalité est en option
Drôle de planète. Les propos de notre garde des sceaux, Pascal Clément * dans la presse ce matin, laissent perplexe. Le ministre annonce qu'il représente au parlement un projet de loi sur la récidive, qui prévoit pour les détenus le port d'un bracelet électronique par les détenus récidivistes condamnés pour délits sexuels après leur sortie de prison... avec un effet rétroactif.
Le problème est double. Tout d'abord, le texte est anticonstitutionnel. En effet, la loi française ne peut être rétroactive. On pourra ajouter que normalement, tout condamné ayant purgé sa peine doit normalement retrouver son statut de citoyen ordinaire. Avec un casier, certes (notons au passage qu'il ne pourra sans doute pas travailler dans la finance...) mais la société considère que son dû est payé, et son crime ou délit expié. Avec cette version high tech du fil à la patte, ce ne sera pas vraiment le cas. Ensuite, le ministre a expressement demandé aux parlementaires de ne pas bloquer son texte. L'exécutif demande au législatif de ne pas respecter les attributions que lui confère le principe de la séparation des pouvoirs (la théorie des "checks and balances" héritée de Montesquieu...) Extraits :
«Il y a un risque d'inconstitutionnalité. Les évènements récents vont me pousser à le prendre et tous les parlementaires pourront le courir avec moi. Il suffira pour eux de ne pas saisir le Conseil constitutionnel et ceux qui le saisiront prendront sans doute la responsabilité politique et humaine d'empêcher la nouvelle loi de s'appliquer au stock de détenus». «Je ne veux pas assumer la responsabilité politique de dire que nous ne pouvons rien faire pour les détenus en stock.»
Bien sûr, la réaction des syndicats de magistrats a été unanime : "De tels propos bafouent les principes d'un Etat de droit, respectueux de la Constitution, de la Convention européenne des droits de l'Homme et du principe fondamental de la non-rétroactivité des lois pénales" estime l'Union syndicale des magistrats.
Mais il est intéressant, au delà de cette histoire, de s'interroger sur le rôle des constitutions. A l'inverse des USA qui sont profondément attachés à la leur au point de ne la modifier que par amendements, notre pays a changé de constitution comme de chemise, au gré de son histoire. J'aime l'idée des constitutions. J'aime l'idée d'un texte de référence. Il rappelle les valeurs qui font l'identité d'un pays. Il empêche justement le législateur d'adapter la loi aux circonstances. Il rappelle à tous en en tous temps quelques vieilles lunes, comme celle-ci par exemple : "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances." (Constitution de 1958, article premier) Cette culture de la constitution n'existe pas en France. Le 29 mai l'a bien montré, le texte du TCE était trop long, trop illisible, pas assez mode. A se passer de ces vieux gardes-fous....
* à qui Libération avait consacré cet été un portrait au vitriol, tout en allusions. Il était intitulé "Sceaux métier". Je n'ai malheureusement pas gardé copie de ce magistral morceau de méchanceté, très bien écrit par ailleurs.
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.... l'humanité aussi
Encore un billet de Maître Eolas qui me fait rester pensive, le coeur serré, une fois la lecture achevée. Cette fois, l'audience relatée concerne un viol. Et le pire, dans ce récit, c'est que ce n'est pas le récit du viol lui-même qui empoigne le lecteur. C'est le traitement que les défenseurs des victimes, à savoir les policiers, ont leur ont accordé. Je crois que le pire est au fil des commentaires, plusieurs autres blogueurs ajoutant d'autres récits, d'autres témoignages. D'autres preuves d'inhumanité. Rien de ce qui est humain ne m'est étranger, certes, puisque j'en serais capable, comme tout autre. Mais on reste pantois, meurtri.
Il ne s'agit pas d'accabler la police. Au contraire, je suis sûre que ce métier est dur, entre les lourdeurs administratives, les procédures, la violence du quotidien, le manque de reconnaissance du métier. Les personnes qui ont accueilli cette femme étaient sans doute débordées, sous le coup du stress ou de la fatigue. Non. Il s'agit simplement d'une inhumanité qui est en chacun de nous. C'est cela qui fait peur. Pourquoi cette dureté, cette suspicion ? et pour revenir à notre affaire, pourquoi les policiers, puisque parfois les gestes les plus humains leur manquent, ne sont-elles pas sensibilisés, au cours de leur formation, à l'approche de la détresse des victimes ?
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26 septembre 2005
Symptômes
Un monde qui change, disent-ils. Ils ont raison. Voici l'un des symptômes.
Appelons-la Mme X, puisque nous ne savons pas son nom. Mme X travaille au Ministère des anciens combattants. "Un ministère très particulier, celui de la mémoire, en contact permanent avec des associations de déportés, des familles de victimes". Plus exactement, elle travaillait. Car à peine trois semaines après son arrivée à son poste. Mme X a remis sa démission. En accord avec son ministre, Hamlaoui Mekachera, mais pas de son plein gré. Comme dit la version officielle : en raison des "difficultés particulières" que posait sa présence.
Quel était donc le délit, le crime commis par cette femme ? Tout simplement, être la petite-fille de Maurice Papon, condamné à dix ans de prison pour complicité de crime contre l'humanité. Un procès retentissant à l'époque, qui avait fait figure d'exemple. C'est le Parisien qui a révélé l'affaire jeudi dernier. Mme X ne porte même pas le nom de son grand-père, c'est dire si sa filiation est voyante. Mais rien n'y fait. Elle n'a pas sa place dans le lieu de mémoire. Exit Mme X, petite-fille de criminel contre l'humanité.
Notre monde est bâti sur quelques vieux principes qui stipulent entre autres que nul ne peut être condamné pour ses opinions et que tout peine est individuelle. La justice a reconnu Papon coupable, ce n'est en aucun cas une raison pour accabler sa petite-fille. L'époque où la famille entière du condamné écopait de sa peine est révolue depuis deux bons siècles.
Au mieux, cette histoire est un cas de discrimination. Au pire, un symbole de mauvais augure pour l'évolution de notre société. Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République, a écrit à Hamlaoui Mekachera une lettre de protestation.
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21 septembre 2005
Sur le CNE
Au début du mois, le gouvernement a rendu publics les premiers chiffres relatifs au nombre de signatures de contrats nouvelles embauches (CNE) Selon l'Acoss, 31 000 CNE auraient ainsi été signés entre le 4 août et le premier septembre, même si certains émettent des doutes sur la fiabilité de ces chiffres.
L'institution du CNE part d'un principe simple : les PME et le TPE (rappelons que ce contrat ne concerne pas les entreprises de plus de 20 salariés) n'embauchent pas autant qu'elles pourraient à cause des lourdeurs du droit du travail français jugé trop protecteur du salarié. Pour se séparer d'un salarié en CDI, il faut respecter un préavis, motiver sa décision et verser des indemnités. Les petites entreprises, craignant de se voir imposer une source de coûts supplémentaires si le salarié ne s'avère pas être une réelle valeur ajoutée pour l'entreprise, ou que la conjoncture les force à réduire leurs effectifs, recourent à des contrats précaires de type CDD, à l'intérim, où aux stagiaires (350 euros par mois, voire rien, pour au moins 35 heures de travail, on ne peut plus compétitif) alors qu'elles auraient assez d'activité pour employer à durée indéterminée. D'où l'idée du CNE : un contrat à durée indéterminée avec une période d'essai de deux ans. En cas de coup dur, d'incompétence du salarié ou de cynisme de l'employeur, le contrat se rompt rapidement et à peu de frais. Le gouvernement a présenté cette mesure comme une "arme anti-chômage" efficace.
Par conséquent, si l'on suit cette logique, l'introduction du CNE aurait dû donner lieu à une croissance forte des embauches dans les PME. 31 000 contrats, c'est bien, mais combien de ces contrats ont été acquis "aux dépens" du CDD, qui, aux yeux de l'employeur, ne présente plus guère d'avantage ? Par ailleurs, le fait d'assouplir les règles de licenciement ne suffit pas à relancer les embauches. Une entreprise entame un recrutement quand son activité le justifie, et pas uniquement parce qu'il est devenu plus facile de se séparer du salarié. Certes, la souplesse du CNE peut inciter une entreprise à embaucher plus facilement. Mais cette mesure ne peut pas contribuer réellement à la baisse du taux de chômage, si la conjoncture ne suit pas. Dans un contexte économique morose, le CNE fait figure de coup d'épée dans l'eau.
Par ailleurs, soulignons que ledit coup d'épée n'est pas, en plus, exempt d'effets pervers pour le salarié. Les banques, les agences immobilières accorderont-elles de bonne grâce un crédit, un appartement à une personne qui peut être licenciée en quinze jours ? Rien n'est moins sûr. Le postulant peut se préparer à demander une caution à ses parents... en CDI.
PS : pour ne pas donner l'impression que ce blog ne fait que du French bashing, faites-donc un tour chez Pascal Riché; il consacre aujourd'hui une note à cette curieuse coutume américaine du "Credit History". C'est intéressant. Certains commentaires sont partisans, mais c'est normal... ceux qui lisent régulièrement A l'heure américaine comprendront :-)
20:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20 septembre 2005
L'humanité dans les cours de justice
Maître Eolas nous livre aujourd'hui un billet plus engagé que de coutume. Il relate une audience pourtant ordinaire où se joue le destin d'une famille. Les parents d'Eduardo, neuf ans, citoyens colombiens vivant illégalement en France depuis six ans, se sont vus signifier l'ordre de quitter le territoire français sous un mois par la préfecture le jour où ils ont demandé un titre de séjour. Eolas souligne l'intégration de cette famille, qui avait scolarisé son enfant, louait un appartement, travaillait, payait des impôts. (Il est d'ailleurs intéressant de noter que lorsqu'il s'agit de payer des loyers et des contributions, personne ne se soucie de la provenance de votre argent.) Comme de nombreuses autres familles, leur demande a été déboutée.
Le billet d'Eolas est émouvant à plus d'un titre; imaginer ce petit garçon qui a grandi en France réexpédié au bout du monde dans un pays qu'il ne connaît pas, alors que lui et sa famille semblent être le parfait modèle de cette "France qui se lève tôt" chère à Nicolas Sarkozy, a en effet quelque chose de poignant. On a envie de dire : Non, pas eux. Une exception, Monsieur le juge. Gardons-les.
J'ignore - et par conséquent, je ne puis juger - si l'immigration, comme le soutient Eolas, est réellement l'avenir de notre Europe vieillissante et gangrenée par le chômage. Mais au-delà de l'émotion suscitée par le billet, je souhaite réfléchir sur les conséquences de ces migrations, non sur le pays d'accueil, mais sur le pays d'origine. (Dans le cas d'un pays en voie de développement bien sûr - un PVD, disait poétiquement l'Education nationale, toujours friande de sigles, à mon époque. car je doute que la France refuse des titres de séjours à des expatriés occidentaux dotés d'un avantageux contrat de travail. Tout se joue donc sur le poids économique que répresente le demandeur. )
Si nous prenons donc le cas d'un PVD (charmant sigle, vraiment) les populations qui s'exilent sont également celles qui, dans le pays en question, sont les plus dynamiques. Elles sont généralement jeunes, en condition de travailler, avec l'envie d'une vie meilleure. En un sens, ce sont les personnes les plus aptes à assurer l'avenir du pays qui le quittent. La question est : quid du développement des pays du Tiers-Monde si ses meilleurs éléments prennent le chemin de l'exil ? Car à terme, le but ultime n'est pas de donner aux ressortissants des PVD le droit de vivre dans les pays développés (combien de rêves de vie meilleure doivent d'ailleurs s'être brisés en se frottant à la dure réalité française) mais d'assurer les développement de l'ensemble des pays du monde. Pour qu'un jour les parents de tous les petits Eduardo soient heureux de vivre dans une Colombie plus démocratique et plus prospère.
PS : "C'est une fête privée, la France" dit Eolas avec amertume. Lorsque le spectacle connaît des couacs répétés, il arrive que les invités pourtant pourvus d'une invitation permanente quittent la fête pour d'autres horizons. Ceux-ci ne seront pas forcément radieux, loin s'en faut, mais ils seront certainement moins prévisibles. On rejoint ici le parodoxe des PVD que j'évoquais ci-dessus. La boucle est bouclée. Je quitte la fête dans un an.
21:50 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19 septembre 2005
L'art de la coalition
Suspense électoral en vue après les premiers résultats des élections législatives qui ont eu lieu aujourd'hui en Allemagne. La candidate conservatrice Angela Merkel, créditée de plus de 40% des voix au dires des derniers sondages, n'en recueillerait en fait que 35,2 %, selon les résultats partiels, contre 34,2 % pour le chancelier sortant Gerhard Schröder. Comme cela avait été le cas lors de la présidentielle française de 2002, les deux grands partis, le SPD et la CDU, ont été boudés au profit de formations plus modestes. Les libéraux du FDP créent la surprise avec 10 % des suffrages, le Linkspartei d'Oskar Lafontaine (gauche) obtient 8,5% des voix et les Verts 8,1%.
La situation est inédite : aucun des deux principaux candidats ne peut réellement prétendre à la chancellerie. Ni la droite, ni la gauche ne peuvent espérer atteindre la majorité au Bundestag, fixée à 296 sièges. Avant l'élection, deux scénarios étaient envisagés : en cas de victoire de la droite, une coalition CDU/FDP, avec Angela Merkel à la chancellerie, en cas de victoire de la gauche, Schröder conservait son poste en formant une coalition SPD/Verts. Ces deux scénarios semblent aujourd'hui caduques, mais aucun des deux prétendants ne veut s'avouer vaincu.
"J'ai le sentiment de disposer du mandat pour garantir qu'il y aura dans notre pays au cours des quatre prochaines années un gouvernement stable sous mon autorité" déclare le chancelier sortant. De son côté, Mme Merkel affirme que "le SPD et les Verts ont été désavoués. Je voudrais dire au président du SPD: L'élection est terminée, il est maintenant temps de former une coalition stable. Et cette mission nous a clairement été confiée, à la CDU-CSU. La CDU-CSU et le FDP n'ont sans doute pas gagné assez largement (pour gouverner seuls). Mais j'accepte ce mandat, avec tout le pouvoir à ma disposition."
La seule possiblité pour Schröder de conserver son poste sans s'allier avec la droite serait d'accepter le soutien du Linkspartei. Mais les conditions posées par Lafontaine, transfuge du SPD, à son ancien parti sont d'ores et déjà jugées inacceptables. Merkel arrive en tête des résultats mais ce sont les partis de gauche qui dominent au Bundestag. Le seul scénario désormais envisageable est une coalition contre nature CDU/SPD, avec l'impossiblité pour chacun des partis d'appliquer son programme sans entraves. Et le visage du nouveau chancelier allemand reste à ce jour encore inconnu.
00:20 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
13 septembre 2005
Le mot et l'idée
Ils disent que "le commencement et la fin de l'erreur résident dans l'altération du sens des mots". Alors, ils ont donné quelques définitions. C'est édifiant. Voir notamment celles d'Autorité royale, de Démocratie, et de Loi de primogéniture mâle.
12:35 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Cité dans le texte
"A la base, le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre ses produits (...) Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ... " Patrick Le Lay, PDG de TF1, extrait de son livre Les dirigeants face au changement, Editions Huitième Jour, 2004
" Je ne suis pas Français, je suis Breton. Je suis un étranger quand je suis en France (....) La France a procédé à un génocide culturel de la langue bretonne (...) J'ai des difficultés avec les langues. Si je me mettais (au breton) deux mois à fond, avec toutes les bases que j'ai, je parlerais breton couramment. Mais comme c'est un truc d'intellectuel, ce n'est pas grave." Patrick Le Lay, entretien paru dans le mensuel "Bretons", septembre 2005.
Bande-son : Noir Désir, L'homme pressé
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11 septembre 2005
Remember
11 septembre 2001.
Le XVIIIe siècle débute en 1715, à la mort de Louis XIV. Le XIXe, à la chute de Napoléon Ier. Le XXe, en 1914, lorsque François-Ferdinand de Habsbourg tombe sous les balles d'un arnarchiste serbe.
J'ai l'impression que le XXIe siècle a commencé ce 11 septembre-là. Quatre ans, déjà.
23:10 Publié dans Politique, Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
09 septembre 2005
Trahis
"Ils sont venus chez moi et m'ont embarquée de force dans un camion et m'ont amenée ici, ils n'ont prêté aucune attention à ce que je disais", raconte à Reuters Martha Smith-Aguillard, 72 ans, évacuée de sa maison de la Nouvelle Orléans. Face aux risques sanitaires causés par l'eau croupissante des rues de la ville, les autorités ont en effet décidé de faire évacuer la ville. De gré, ou de force.
Stéphane, lui, Français en vacances en Louisiane, a passé plusieurs jours au Superdome, l'immense stade de foot couvert qui a accueilli les premiers réfugiés. Il raconte les rations distribuées après des heures de queue, la saleté partout, les militaires qui "n’arrêtaient pas de nous gueuler dessus" , la fouille qui n'empêche pas certains d'avoir gardé leurs armes (à quoi sert à la fouille alors ?) les familles qui ont tout perdu et qu'on sépare sans raison, les bidons d'eau jetés "pour s"amuser" à la tête des réfugiés, l'eau qui monte, et cet épileptique serré dans une queue - "On était tassés, on ne voyait pas nos pieds. On marchait sur des ordures, des couches, on explosait parfois, en avançant, des bouteilles pleines, peut-être d’urine" - que les militaires refusent de sortir du rang - "ça va s’arrêter et ça ira”. Et des témoignages tout aussi révoltants, il y en a d'autres...
Beaucoup ont reproché aux Européens d'avoir transformé cette histoire en procès du gouvernement Bush. D'avoir laissé libre cours à leur anti-américanisme notoire. Je le pensais aussi, au début. Mais il apparaît désormais que, si la catastrophe ne pouvait être empêchée, son ampleur aurait pu être moindre. En amont, les fonds affectés à la consolidation des digues ont été affectés à d'autres postes de dépense. En ligne de mire également, la FEMA et son directeur Michael Brown. Et les digues ont cédé. De nombreux rapports soulignaient la vulnérabilité de la Nouvelle-Orléans face à un ouragan de cette puissance. Le Times Picayune y avait consacré un dossier entier en 2002. Les autorités ont également tardé à demander l'évacuation de la ville : l'avant-veille pour la gouverneur de l'Etat, la veille simplement pour la municipalité.
En aval, c'est la gestion de la catastrophe qui pose problème. Quatre jours pour réagir, alors qu'une réaction plus rapide aurait sans doute permis de sauver des vies. Tout se joue en effet dans les quarante-huit heures qui suivent. Et l'inhumanité du traitement accordé aux victimes, les réactions négatives que leur transfert massif dans les Etats voisins suscitent, provoquent chez les observateurs une sensation de dégoût. Les autorités ne peuvent échapper au scandale. Paul Krugman écrit dans le New York Times un éditorial sanglant qui résume le choc subi par l'Amérique.
Par les Européens aussi. Si nos commentateurs ont la dent si dure envers les US, c'est aussi parce qu'en un sens, c'est un de nos rêves qui a été trahi, celui d'un Nouveau Monde qui donne sa chance à chacun, une nation qui a été l'une des premières à proclamer que les homme sont libres et égaux en droits. Le rêve américain a pris du plomb dans l'aile. Qui aime bien châtie bien. Pour nombre d'Européens, dont je suis, l'Amérique rêvée, l'Amérique qu'on aime, se résume dans ces lignes de la Déclaration d'Indépendance de 1776 :
"We hold these truths to be self-evident, that all men are created equal, that they are endowed by their Creator with certain unalienable Rights, that among these are Life, Liberty and the pursuit of Happiness. --That to secure these rights, Governments are instituted among Men, deriving their just powers from the consent of the governed, --That whenever any Form of Government becomes destructive of these ends, it is the Right of the People to alter or to abolish it, and to institute new Government, laying its foundation on such principles and organizing its powers in such form, as to them shall seem most likely to effect their Safety and Happiness. "
Et à la lumière de ces lignes, la situation de la Louisiane apparaît d'autant plus inacceptable. On m'opposera que le gouvernement français, face à cette catastrophe, n'aurait guère fait mieux. Je suis même persuadée que la gestion à la française aurait été largement pire. Mais cela n'exonère pas les autorités américaines. Le premier devoir d'un citoyen qui aime son pays est aussi de savoir le remettre en question. Surtout quand celui-ci incarne aux yeux du monde de tels idéaux.
13:30 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
07 septembre 2005
Libertés

22:30 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
L'érotisme et la vie
Constance Stewart Reid, née dans la bonne bourgeoisie britannique, épouse Sir Clifford Chatterley, un jeune aristocrate en permission au cours de la grande guerre. Lorsque Clifford revient du front, il est mutilé, ruiné, et impuissant. Le couple s'installe dans le domaine de la famille de Clifford, dans la région industrielle des Midlands, où "l'air dur avait une odeur de soufre (...) autour du proche horizon tournait un brouillard opalescent de gel et de fumée (...) en sorte qu'on était toujours enfermé dans un endroit clos, toujours enfermé." La vie de Constance balance entre son amour dévoué pour son mari et l'ennui de cette vie végétale, entre l'étouffement et la résignation. Lawrence oppose la vie mentale aux pulsions de vie indispensables à l'épanouissement humain.
"Je ne parlais pas de science, dit Dukes, je parlais de vie mentale. La vraie science vient de l'ensemble de votre être conscient, de votre ventre et de votre pénis autant que de votre cerveau et votre esprit. L'esprit ne peut qu'analyser et expliquer (...) l'esprit et la raison ne peuvent d'étouffer tout sous la critique. Ainsi, vivons votre vie mentale, et exultons dans notre malveillance... Tandis que vous vivez votre vie, vous faites en même temps partie organique de votre vie. Mais après que vous ayez entrepris la vie mentale, vous avez cueilli le fruit. Et si vous n'avez dans votre vie que la vie mentale, vous n'êtes plus qu'une pomme cueillie...
Personnellement, je juge le bolchevisme imbécile; mais notre vie sociale en Occident est imbécile aussi; et notre fameuse vie mentale elle-même est imbécile. Nous sommes tous des froids crétins, des idiots sans passion. Nous croyons que nous sommes des dieux, des hommes semblables à des dieux. C'est du bolchevisme ! Il faut être humain; il faut avoir un coeur et une queue si on veut éviter d'être un dieu ou un bolcheviste. Car dieu ou bolcheviste, c'est la même chose : c'est trop beau pour être vrai. "
Constance trouvera auprès du garde de son mari, Mellors, ancien officier des Indes, ces moments de plénitude dont tout être a besoin pour vivre. Les scènes de sexe entre Constance et Mellors ont donné à L'Amant de Lady Chatterley sa réputation de roman à scandale. Lawrence ne faisait pourtant qu'appeler les choses par leur nom, et certains passages ont des accents de féminisme avant l'heure. Bien sûr, ce roman des années trente a vieilli. Ce n'est pas un chef d'oeuvre, ni même un grand livre. Juste une histoire d'amour et de vie - de vie, au fond.
11:55 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Nonsense
MACBETH
She should have died hereafter;
There would have been a time for such a word.
To-morrow, and to-morrow, and to-morrow,
Creeps in this petty pace from day to day
To the last syllable of recorded time,
And all our yesterdays have lighted fools
The way to dusty death. Out, out, brief candle!
Life's but a walking shadow, a poor player
That struts and frets his hour upon the stage
And then is heard no more: it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing.
SHAKESPEARE, Macbeth
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04 septembre 2005
Un monde sans frontières ?
C'est le titre de la conférence qu' Alain Juppé a prononcée à Regina, à l'invitation de l'Institut d'Administration Publique du Canada. Le point d'interrogation est un rajout de l'ex-premier ministre. Un monde sans frontières ? Pour ma génération, c'était en train de devenir une réalité. Même si l'idée n'est pas toute jeune - le concept de village mondial lancée par Marshall Mac Luhan date tout de même des années soixante. Aujourd'hui, à l'ère de la globalisation, l'information s'échange en temps réel et le bout du monde est à quelques heures d'avion. Mais globalisation ne signifiait pas universalisme. Au fond, aujourd'hui comme hier, nous ne savons rien des autres. Je vous demande un peu, qu'est-ce que le touriste venu se dorer à Djerba aura appris du Maghreb ? Et celui qui se prélassait à Phuket, de l'Asie ?
Et pourtant, les vieilles nations ne sont pas mortes. Face au terrorisme, aux migrations du Sud vers le Nord, face aussi à une économie mondialisée où les délocalisations sont monnaie courante, les Occidentaux tendent à restaurer leurs frontières pour y camper. Le débat sur le Traité constitutionnel européen en a été la preuve. Autrefois, cette attitude s'appelait un repli identitaire, maintenant, c'est une réaction légitime face à une globalisation menaçante. J'ai l'impression de voir mon pays se recroqueviller sur lui-même, lui qui autrefois s'était fait le chantre de l'universalisme. Cette notion de patriotisme économique, par exemple. Quelle différence avec le protectionnisme de nos grands-parents ? Il est vrai qu'en temps de crise, on remplace plus volontiers la confiance en l'autre par la suspicion. C'est si simple... et si compréhensible à la fois.
J'aime cette réponse de Socrate, à qui l'on demandait à quelle cité il appartenait : "Je ne suis ni d'Athènes ni de Corinthe, je suis citoyen du monde." Et Montesquieu lui fait écho, plus de deux millénaires plus tard : "Je suis homme avant d'être Français, car je suis nécessairement homme et ne suis Français que par hasard."
00:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
02 septembre 2005
Superbe style
"Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché,mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta.
Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chaussette. Elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l'école. Elle était Dolorès sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita."
NABOKOV, Lolita
23:05 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Tiers-mondisés
Les propos de Georges Bush retransmis hier à la télévision : le président américain rejette l'aide internationale sur l'air du "nous pouvons nous débrouiller seuls" avant de se rendre compte de sa maladresse et de remercier néanmoins les pays qui ont spontanément proposé une aide en hommes et en énergie. Aujourd'hui, tout de même, face à une polémique qui n'en finit pas d'enfler, le président a fini par reconnaître qu'en effet, les autorités auraient pu réagir plus vite.
Les images aériennes que nous montre la télévision sont plus éloquentes que n'importe quel article de presse. Sur cent cinquante kilomètres, la côte américaine rappelle sinistrement les images de l'hiver dernier, en Asie, après le raz-de-marée. Des morts à peine dissimulés, des débris partout, des gens à bout de nerfs qui hurlent, qui pleurent, qui ont faim. We need help ! Images de Tiers-Monde dans la plus grande puissance mondiale.
On souligne à l'envi qu'une telle situation, dans le plus grand pays du monde 1) (sic) est intolérable. Mais qui aurait pu prévoir l'ampleur de la catastrophe ? la rupture des digues 2)? Et le fait que les Etats-Unis soient en effet l'un des pays les plus puissants du monde ne change pas grand-chose. Oui, ils ont les vivres et les réserves d'énergie nécessaires, mais il faut du temps pour organiser les secours. Et en attendant leur arrivée, on assiste aux premières scènes de pillage. Keep out or die, écrit un homme sur la porte de son garage. La loi de la jungle n'est décidément pas si loin de la civilisation.
La presse américaine ne mâche pas ses mots, mais la presse européenne, elle, ne pardonne rien à Bush. En Espagne, El Pais (gauche) écrit : "Le gouvernement Bush paraît englouti dans sa propre incompétence" et le quotidien de droite El Mundo n'est guère plus tendre : "cela met en évidence les points faibles d'un pays qui, occupé (...) par ses aventures impériales, a négligé des sujets bien plus importants, comme le bien-être des ses habitants". Sur les blogs - je pense notamment à celui de Pascal Riché, le correspondant de Libé aux Etats-Unis - les commentaires, parfois idiots, toujours acérés, se succèdent. Un tel souligne que les Noirs sont les plus durement touchés - la population de la Nouvelle-Orléans étant noire à 67%, cela paraît pourtant logique, non ? Un autre insinue que les quartiers riches ont été moins touchés que ceux des pauvres. En effet, les ouragans américains pratiquent la sélection sociale, c'est un phénomène bien connu...
Au delà de la vulnérabilité de tout pays, fût-il une superpuissance, face aux catastrophes naturelles, cette crise démontre une fois de plus le fossé que la guerre d'Irak, entre autres, a creusé entre l'Europe et l'Amérique.
1) stricto sensu, "le plus grand pays du monde" c'est la Fédération de Russie
2) Cette idée n'est plus mienne aujourd'hui. Cette note a été rédigée à chaud, alors que j'ignorais les détails de la situation de la Nouvelle-Orléans. J'étais juste un peu surprise par notre ardeur française à accabler les US. La note "Trahis", écrite certes sous le coup de l'émotion, mais après quelques recherches, résume parfaitement mon opinion sur l"affaire Katrina".
21:25 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Blogs, blogs, blogs
Je bloggue, tu bloggues, ils blogguent... Pourquoi blogguez-vous ? "Un blog ? Ah oui, ces sites où les enfants insultent leurs professeurs..." "Un blog ? c'est comme un journal intime ? Curieux cette manie d'étaler sa vie sur la Toile..."
Mais non, il n'y a pas que les skyblogs sur la blogosphère. Comme dans la "vraie vie" on y croise de tout. Des pages de narcissisme style Me, myself and I, des sites "entre copains", des pages crées puis abandonnées. Des blogs à thème, où comment partager sa passion pour la pêche à la truite. Des blogs érudits comme ceux de Versac ou Ceteris Paribus. Des blogs de tout et des blogs de rien, à l'image de leurs auteurs; presque rien sur presque tout. Dis-moi comment tu bloggues, je te dirai qui tu es.
La blogosphère est immense et passionnante. A l'ère de l'information instantanée, les bloggueurs ont crée des espaces de débat et de créativité. Bien sûr, il y a le piège du narcissisme. Quitte à écrire sur soi, autant garder cela pour soi. Mais la blogosphère ne se réduit pas à cela. L'imagination et la liberté de parole y ont pris le pouvoir. Une discrète censure commence tout juste à s'y faire jour. Le phénomène blog s'était développé aux Etats-Unis lors de la dernière compagne présidentielle. C'était avant tout un moyen de réapprendre à parler politique dans une société de surconsommation. En France aussi, la blogosphère a activement participé au débat sur le traité constitutionnel européen; souvenez-vous d'Etienne Chouard...
La blogosphère, agora pour temps numériques.
Citoyens, à vos claviers !
19:15 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Etat de veille
Agé de cent mille ans, j'aurais encore la force
De t'attendre, o demain pressenti par l'espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir: neuf est le matin, neuf est le soir.
Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille
A maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.
Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore
Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.
Robert DESNOS (1942)
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Allégorie de la caverne

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The TV show
Hier soir, petites séquences TV. C'est tellement rare chez moi que j'ai pris des notes. Savourez :
Bernard Thibault, au sujet des réformes fiscales prévues pour 2007 : "Les réformes de l'impôt sur le revenu ne profitent pas aux catégories non-imposables." Logique, non ?
Jean-Pierre Pernaut, caustique : "2007, qui sera, je crois, une année électorale..."
Dominique de Villepin, inventeur de la "croissance sociale" : "Il faut que le travail paie. Notre pays doit marcher sur ses deux jambes." Entendre Villepin reprendre des slogans de la Chine populaire.... Rien que pour cette phrase, cela valait vraiment la peine d'allumer la boîtes à images.
13:40 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01 septembre 2005
Le mal-aimé
Je me souviens d'une autre année
C'était l'aube d'un jour d'avril
J'ai chanté ma joie bien-aimée
Chanté l'amour à voix virile
Au moment d'amour de l'année
APOLLINAIRE
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31 août 2005
Mea culpa (bis, bis)
"Quand un "modèle social" produit autant de chômage et n'endigue plus le développement de la pauvreté, il faut le réformer." Propos tenus par François Chérèque dans le Monde de samedi dernier. La rubrique "Opinions" du Monde est décidément devenue la tribune depuis laquelle la gauche n'en finit pas de brûler ce qu'elle avait adoré. Après le retentissant article de Kouchner en juillet, c'est au tour du secrétaire général de la CFDT de pointer les insuffisances du fameux "modèle social français". La faute est à la droite, dit la gauche. Pas du tout, c'est celle de la gauche, dit la droite.
Et si tout ceci n'était pas aussi simple ?
14:45 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Les femmes sont des hommes comme les autres (ou presque)
Elle sort de sa station de RER et prend la rue montante qui mène jusqu'à son immeuble. La chaleur est accablante, elle transpire un peu. De la musique dans les oreilles et la tête un peu en l'air, elle marche l'air de rien. Précisons que sa tenue est convenable : jupe sombre couvrant bien le genou, haut assorti. Ses bras sont nus; il fait si chaud ! Tout juste peut-on lui reprocher ses cheveux flamboyants qui cascadent dans son cou et qui font qu'on la remarque.
Lui marche devant elle. A un moment, à la faveur d'un mouvement, il l'aperçoit. Il la regarde fixement. Puis il reprend sa marche et se retourne à nouveau pour l'observer. Pour peu, il marcherait en tournant la tête au maximum pour avancer sans cesser de la fixer. Il y a une sorte d'avidité dans son regard.
Elle jure entre ses dents. Si elle osait, elle l'aurait giflé. Elle se dit qu'elle n'est pas un tas de chair avec des seins et des fesses, pas une chose. Elle est un humain aussi normal et aussi respectable qu'un autre. Même si d'ordinaire elle aime à lire sur le visage d'un homme qu'elle est plutôt jolie, elle déteste ces regards qui déshabillent, et encore plus ces mots obcènes sussurés sur son passage.
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29 août 2005
Charge d'âmes
16 août 2005. Un MD-82 de la compagnie colombienne West Caribbean assurant la liaison entre Panama et la Martinique se crashe au Vénézuéla. Quelques minutes avant la fin, le contrôleur aérien avait posé au pilote la question réglementaire :
"How many souls on board ?"
21:10 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Vocation du poète
Epitaphe sur la tombe de Breton - le poète, pas le ministre -
"Je cherche l'or du temps"
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27 août 2005
Scènes de la vie sociale
Entendu il y a quelques jours, à la pause café dans une grande entreprise, une conversation entre stagiaires :
"Quand tu as fini ton stage, tu dois aller t'inscrire aux Assedics, comme ça tu garderas ta couverture sociale. Et puis tu as quel âge ? tu vas avoir 25 ans ? alors tu peux avoir le RMI. C'est pas beaucoup, mais comme tu vas pas trouver du boulot tout de suite... alors par contre fais attention aux dates. Il faut trois mois de traitement du dossier, tu auras le premier versement qu'en janvier... donc trois jours avant ton anniversaire, tu déposes ta demande....."
19:35 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Copier/coller
Emmanuel rapporte quelques savoureuses sorties au sujet de la situation en Irak. J'ai apprécié particulièrement celle de Juan Cole au sujet de la constitution irakienne : "They keep talking about drafting a Constitution for Iraq. Why don't we just give them ours? It was written by a lot of really smart guys, it's worked for over 200 years and we're not using it anymore."
Mais il faut avouer que la trouvaille de Matthew Yglesias - au sujet de la thèse selon laquelle l'émergence de la démocratie justifiera dans l'avenir l'invasion de l'Irak- n'est pas mal non plus. "B]y this metric, Napoleon's invasion of Spain was a successful venture in democracy-promotion because after a few hiccups Spain emerged as a constitutional monarchy following Franco's death in the 1970s."
No comment.
18:55 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
20 août 2005
Pour Yourcenar
Elle était belge et s’appelait Marguerite de Crayencourt. A huit ans, elle traduisait Phèdre. A quatre-vingt, elle fut la première femme à entrer à l’Académie française. Entre les deux, une vie de femme libre avant l’heure, placée sous le signe de la découverte, du goût de l’antiquité et de l’écriture.
Yourcenar était libre au sens où elle a préféré sa curiosité d’intellectuelle aux conventions ou aux obsessions, notamment politiques, de son siècle. Comme une bonne partie de ses personnages, elle était lesbienne et vécut librement avec une universitaire américaine sur l’île de Mount Desert, sur la côte Est des Etats-Unis.
Ses personnages sont des consciences avides dans un monde en crise. Crise dans Alexis ou le Traité du vain combat, ou le héros est confronté à son homosexualité inavouable dans son milieu, crise pour le héros de L’œuvre au noir, sage au milieu d’une Europe fanatique. Crise également pour Hadrien, à la tête d’un Empire romain qui va bientôt passer de l’apogée au déclin. Après avoir appris à vivre, il leur faut apprendre à mourir ; leur parcours est un apprentissage du stoïcisme.
On a reproché à Yourcenar son style trop soigné, on a dit que son œuvre sentait trop l’antique, les traductions des Anciens dont elle fut prodigue. J’aime ces dernières lignes des Mémoires d’Hadrien :
Petite âme, tendre et flottante, compagne de mon corps, qui fut ton hôte, tu vas descendre dans ces lieux pâles, durs et nus, ou tu devras renoncer aux jeux d’autrefois. Un instant encore, regardons ensemble les rives familières, les objets que sans doute nous ne reverrons plus…Tâchons d’entrer dans la mort les yeux ouverts…
23:05 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Robert le Diable
Je pense à toi Desnos qui partis de Compiègne
Comme un soir en dormant tu nous en fis récit
Accomplir jusqu'au bout ta propre prophétie
Là-bas où le destin de notre siècle saigne
La ville un peu partout garde de ton passage
Une ombre de couleur à ses frontons salis
Et quand le jour se lève au Sacré-Cœur pâli
Quand sur le Panthéon comme un équarissage
Le crépuscule met ses lambeaux écorchés
Quand le vent hurle aux loups dessous le Pont-au-Change
Quand le soleil au Bois roule avec les oranges
Quand la lune s'assied de clocher en clocher
ARAGON
22:00 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Littérature industrielle
A l'initiative de la chaîne Maxi-Livres, cinq distributeurs automatiques de livres de poche viennent d'être installés dans des grandes stations de métro parisiennes. Pour deux euros et en quelques secondes, on peut acheter un volume d'Oscar Wilde ou un recueil de Baudelaire, un livre de cuisine ou un dictionnaire.
Je ne sais pas ce que vous pensez de cette initiative, mais je la trouve plutôt bonne. Dans un monde où l'image a décidément supplanté l'écrit, cette tentative pour inciter à la lecture est bienvenue.
21:15 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19 août 2005
A la mystérieuse
J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité. Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère? J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être. Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute. O balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venu. J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu'il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu'à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l'ombre qui se promène et se promènera allégrement sur le cadran solaire de ta vie.
Robert DESNOS
09:55 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17 août 2005
La honte
On reparle de Jean-Charles de Menezes, l'électricien brésilien abattu par les policiers londonniens car il refusait de se rendre aux sommations. Du moins, c'était la version officielle.... Jean-Charles de Menezes ne portait pas ce blouson noir épais censé dissimuler sa bombe, mais une simple veste de jean. Il n'a pas pris la fuite en voyant les policiers. Au lieu de se mettre à courir, il s'est avancé tranquillement devant eux lors des sommations.
Ils l'ont plaqué au sol et abattu de sept balles dans la tête.
L'enquête rendue publique par la chaîne britannique ITV précise que Menezes avait été abattu car les policiers l'avaient "formellement identifié" comme étant Hussein Osman, un des principaux suspects de l'attentat de Shepherd's Bush. Or il s'est avéré assez vite que le jeune homme n'avait aucun rapport avec les poseurs de bombes. Scotland Yard a donc annoncé que Menezes avait refusé de répondre aux sommations, et que, par conséquent, il avait été abattu.
Une façon de sauver la face, en quelque sorte.
14:25 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Paris en août
17 août, Paris s'endort dans ses -dernières ? - chaleurs estivales. Rien de bien neuf à commenter en France, à part le débat sur le retour de la TIPP flottante, mais je ne suis pas sûre que cela passionne quelqu'un, aussi n'en parlerai-je pas. Si toutefois un bloggueur désirait que je traite le sujet dans ces Carnets, il est prié de m'adresser une demande motivée, et je statuerai.
Je profite de cette période pour reprendre ma découverte de Virginia Woolf. J'avais achevé il y a peu Mrs Dalloway. (Note pour plus tard : faire absolument un post sur ce livre) J'ai commencé hier son premier livre, La traversée des apparences. Mon Céline est toujours en plan, avec Bardamu tentant de taper Lola en débarquant à New York. Et j'ai réouvert il y a quelques jours Crime et Châtiment - qui est pourtant l'un de mes Dostos favoris avec Les Possédés -mais l'atmosphère lourde de Pétersbourg en été m'a vite pesé.
Me voici donc revenue à Virginia, ses névroses, son génie, et son suicide dans l'Ouse, les poches bourrées de cailloux. Je la découvre avec un réel plaisir. Promis, je vous raconterai.
13:25 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
16 août 2005
En quête de légende
Tous les pays qui n'ont plus de légende
Seront condamnés à mourir de froid
Patrice de LA TOUR DU PIN
00:30 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15 août 2005
La Noia
Week-end du quinze août, la France dort au soleil, Paris est vide et dans un coin de Normandie j'en ai profité pour lire toute la nuit. Cela ne m'était pas arrivé depuis longtemps !
La Noia - L'Ennui - d'Alberto Moravia traite des rapports entre l'homme et la réalité. Encore une affaire de perception, me direz-vous. L'ennui de Dino, le héros, fils de famille poursuivi par l'argent et peintre raté, vient de son incapacité à appréhender la réalité, à la sentir palpable et vibrante.
Les fuites de Dino sont simples. Tout d'abord il y a la peinture. Dino peint sans grand talent des tableaux abstraits. En vain. Il n'arrive pas à se créer un monde. Lorsqu'il rencontre Cecilia, jeune modèle de dix-sept ans à la science amoureuse précoce, Dino cherche la réalité dans le sexe. A part son corps, il ne connaît rien de Cecilia. Au moment ou ennuyé d'elle il veut la quitter la voilà qui se dérobe. Elle le fuit, elle lui ment, elle le trompe. Happé par la personnalité de la jeune fille, Dino trouvera la solution à son ennui dans un amour jaloux et torturé, jusqu'au suicide.
La mort, ou du moins la tentation de la mort - car notre héros suivit à sa rencontre violente avec un arbre - comme ultime moyen d'affirmer la vie.
Malraux : "On ne se tue jamais que pour exister."
23:50 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Dorian Gray
"Et tout le reste n'est que littérature..."
Relu ces deux derniers jours Le Portrait de Dorian Gray, dont la lecture m'avait si fortement marquée dans mon adolescence. L'impact avait été tel que j'avais, je me souviens, brûlé mon exemplaire du bouquin. La scène entre Gray et Alan Campbell ("je veux que vous le détruisiez...") m'avait bien perturbée...
Rien de tel à la relecture. Le ressort du roman ressemble à celui d'un conte maléfique. La psychologie semble assez absente. Certains passages (notamment celui sur les pierres précieuses que collectionne Dorian) sentent le maniérisme à plein nez. Et il cite Théophile Gautier en plus... Ailleurs Wilde écrit avec brio, peut-être trop d'ailleurs. Ses dialogues servent à caser des phrases lapidaires, qui font ensuite merveille dans un recueil de citations.
Une seule m'a beaucoup plu malgré les années.
"Définir, c'est limiter."
12:30 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
07 août 2005
Vivants !
Ca y est... le sous-marin a été détaché des cables qui le le retenaient sous l'eau par un bathyscaphe britannique... les sept marins sont en vie...
J'avoue que je n'y croyais pas, connaissant les vieilles méthodes soviétiques - la vie humaine n'a pas de valeur... seule comptent ce qu'ils pensent être la gloire du pays et du régime - je pensais qu'ils seraient morts quand on libèrerait le Priz de ses cables.
Mais les réactions des vieux apparatchiks militaires qui grognent parce que des Occidentaux sont venus trainer leurs équipements dans leurs eaux stratégiques ne m'étonnent pas. Union soviétique pas morte....
14:05 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06 août 2005
Quelques heures pour tout bagage
Une pensée, douloureuse mais hélas inutile, pour les sept marins du Priz, le sous-marin russe bloqué à près de 200 mètres de profondeur au large du Kamchatka. Après avoir annoncé que l'équipage ne disposait plus que de quelques heures d'oxygène, l'état-major russe vient de dire qu'il aurait assez d'oxygène pour tenir jusqu'à lundi, date de l'arrivée à la rescousse de navires japonais.
Qu'en est-il réellement ? Vu le cas que les ex-Soviétiques font des vies humaines, je me pose quelques questions, tout en croisant les doigts.
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04 août 2005
Patriotisme économique
Voilà, après la dissolution de l'assemblée nationale en 1997 et le référendum cette année, le nouveau "nouveau concept"/idée de génie de Dominique de Villepin, alors que le remue-ménage de l'affaire Danone débouche sur une enquête de l'AMF, qui trouve à cette histoire un parfum de spéculation.
Patriotisme économique, ça me fait bien rire. Avant, on appelait ça du protectionnisme, c'était à la mode dans les années 30, avant que les Etats se rendent définitivement compte que le libre-échange, la pire des solutions à l'exception de toutes les autres, était tout de même plus avantageux que l'autarcie. Les rapports Nord/Sud sont ce qu'ils sont, il y aurait beaucoup à dire là-dessus, et ce n'est pas mon propos ici, mais je demeure persuadée que les Etats ont bien plus à gagner en échangeant leurs richesses, leurs savoirs-faire, leurs capitaux, plutôt qu'en se repliant sur eux-mêmes en cocoricotant. Le fameux modèle français a tout de meme un peu de plomb dans l'aile. Mais depuis le 29 mai, c'est incroyable comme nos compatriotes redeviennent chauvins. Parce que c'est mieux chez nous, il faut bien le dire. On veut bien être unversaliste deux minutes, mais il ne faut pas en demander trop tout de même.
Défendre Danone, ok. Touchez pas à mon yaourt, espèces de mangeurs de hot-dogs. Mais lorsqu'un groupe français avale un concurrent étranger, personne ne s'émeut. Il n'y a pas longtemps, d'ailleurs, Pernod-Ricard...
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30 juillet 2005
Les mots pour en rire
Un cartoon aigre-doux trouvé sur yahoo : Oussama ben Laden et un de ses sbires regardent les images de la mort du Brésilien abattu par Scotland Yard et le premier dit au second : "Tu vois que ça marche... ils commencent à abandonner leurs principes démocratiques...."
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