12 octobre 2006
Anna Politovskaïa (2)
Du nouveau sur l'assassinat d'Anna Politovskaïa. Le Monde de ce jour publie le témoignage d'une militante sur l'ultra-nationalisme russe et ses conséquences sur la presse. Selon elle, Politovskaïa aurait fait partie d'une liste de personnes à abattre car jugés "ennemis de la patrie." Ce n'est à cette heure qu'une hypothèse parmi d'autres. Une liquidation politique n'est pas à exclure totalement, même si, au fond, cette affaire fait plus de tort à la Russie qu'elle ne sert le gouvernement de Poutine. Sans vouloir le défendre, je considère en effet que faire abattre Politovskaïa eut été, de sa part, un acte pour le moins maladroit. Surtout au vu de l'ampleur de la protestation que ce meutre a provoqué en Europe....
Mais le travail de la journaliste était également une pierre dans le jardin des nationalistes. Il est frappant de voir en effet l'intolérance, pour ne pas dire parfois l'hostilité ouverte, de certains Russes, non seulement envers leurs voisins asiatiques, mais aussi envers des ressortissants des pays ex-soviétiques. Dans des proportions parfois extrêmes : une petite fille originaire d'Asie centrale avait ainsi été assassinée à Moscou, il y a quelques années, dans l'indifférence de la classe politique. Dans ce contexte, renforcé par le conflit de moins en moins larvé avec la Géorgie, le travail engagé de Politovskaïa sur la guerre tchétchène était inacceptable pour les ultra-nationalistes. Contrairement à un homme d'Etat plus ou moins forcé au compromis, le journaliste qui enquête et témoigne n'a pas à prendre de gants. Il dit ce qu'il voit, avec sa raison, son esprit d'analyse, avec son coeur aussi. On ne doit pas sortir indemne de la couverture d'un conflit, surtout s'il s'agit d'une guerre civile dans son propre pays. Politovskaïa faisait sien son engagement et c'est ce qui faisait sa valeur, tant au niveau de son travail que de sa personnalité.
Comprendre (et aimer) la Russie signifie embrasser des siècles d'histoire. La culture du secret en politique n'est pas là-bas un vain mot. Il est probable que nous ne saurons pas tout de la mort d'Anna Politovskaïa. Le meilleur moyen de rendre hommage à son courage et à son travail est de perpétuer sa volonté de comprendre les choses au delà des impératifs politiques du moment. Et dans un pays aussi marqué que la Russie, cela est loin d'être évident.
19:55 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
08 octobre 2006
Nuit blanche à la Goutte d'Or
La Nuit Blanche à Paris, surtout si on n'y a jamais mis les pieds avant, a un air bien sympathique. Il paraît qu'il faut se choisir un quartier et s'y tenir, sinon on ne voit rien de bon. Pour nous, hier, ce fut la Goutte d'Or. Le quartier de Gervaise, en pleine réhabilitation.
Paris cette nuit-là semblait différent. Pas une nuit froide ou personne ne s'attarde, pas une nuit pressée ou chacun rentre dormir pour pouvoir "tenir" le lendemain. La foule marchait, devisait sans hâte. On se serait cru tombé dans une fête calme. Un peu partout, dans les dents creuses ou sur les façades, on découvrait des oeuvres.
Ici, les meubles avaient quitté leur place au salon pour s'accrocher à la façade. Là, un écran rose façon disco contait, dit-on, l'histoire du quartier. Plus loin, un portrait chinois, immense, se détachait sur un terrain vague. J'ai aimé l'installation aérienne de Laurent Grasso au dessus du terrain de sport de la Goutte d'Or : d'énormes ballons blancs, gonflés à l'hélium et retenus dans des filets, éclairaient étrangement le vieux bâtiment et ses grillages usés. Dans la trop neuve église Saint-Bernard, Subodh Gupta avait posé une Vanité : immense crâne d'argent, entièrement composé de batteries de cuisine. Faim du monde, fin du monde....
Nous rentrâmes à minuit.
12:20 Publié dans Scènes de la vie parisienne | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
07 octobre 2006
La fin des illusions ?
Anna Politovskaia est morte aujourd'hui. Assassinée. Célèbre pour ses livres et reportages sans concessions sur le conflit tchétchène. Assassinée, comme Paul Khlebnikov, Américain d'origine russe et rédacteur en chef de Forbes Russie, et comme une petite demi-douzaine de journalistes le sont chaque année en Russie. L'écho de cette tragique nouvelle est d'autant plus grand que le travail d'Anna Politovskaia était largement diffusé en France, avec celui de la Française Anne Nivat.
Durant mon année de résidence en Russie, je savais que ce pays avait une face sombre, que la liberté à la française n'y existait que dans les textes, tant le reliquat des siècles de totalitarisme restait présent dans les mentalités et les institutions. Bien que la croissance russe se poursuive et que la Russie commence à retrouver ce rôle d'arbitre des relations internationales qui avait été le sien autrefois, j'ai l'impression que le pays se referme. Un racisme de plus en plus présent, un nationalisme de plus en plus virulent. Je savais que cela existait en Russie. Peut-être est-ce que mon regard, depuis trois ans, s'est de nouveau francisé ? Ou est-ce que la face sombre de la Russie qui émerge avec plus de force que jamais ?
Je souhaite de tout coeur que la première hypothèse soit la bonne....
19:40 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Peau de chagrin
Le 21e siècle se voulait sans tabou. On prêche la tolérance, on peut parler de tout, la parole libère et de toute façon nous sommes persuadés dès le berceau que tout problème peut se réduire par une saine discussion. Très bien. Nos amis juristes étaient également passés par là pour confirmer cette loi sociale. Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, article 11 : La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. Par cette restriction, on entend, entre autres, protéger les personnes contre la diffamation. Jules en fait ici une jolie démonstration à la manière d'un conte voltairien. Pour les fonctionnaires, s'y ajoute une obligation supplémentaire : le devoir de réserve. Pour un non-fonctionnaire, on pourra parler, dans son contrat de travail ou dans le règlement intérieur de son entreprise, d'obligation de loyauté.
A l'époque où les nouvelles technologies n'étaient que balbutiantes, ces obligations ne posaient guère de problème. Sauf à publier un livre, un citoyen ordinaire ne pouvait pas témoigner de sa vie et de ses expériences. Son vécu demeurait confiné dans sa sphère privée. Evidemment Internet et le développement de la blogosphère ont changé tout cela. Il est désormais technologiquement possible à n'importe qui de prendre la parole sur la toile; et à ladite parole de rencontrer un écho plus ou moins vaste. Et les premiers heurts se produisent : Garfieldd, proviseur d'un lycée de province, est révoqué pour son blog, Petite Anglaise, secrétaire dans un cabinet comptable, est licenciée pour la même chose. Le blog peut également servir de moyen de défense : ainsi, une ex cadre de Nissan raconte sa mise au placard à son retour de congé parental, au grand dam de sa hiérarchie.
Aujourd'hui, c'est un inspecteur du travail qui fait les frais de ces restrictions légales, au nom du devoir de réserve. Choqué par l'assassinat de deux de ses collègues, Bereno (c'est son pseudo et rien ne permet de deviner sa véritable identité) s'est mis à témoigner sur son travail quotien. Sans jamais citer de nom de personne ou de lieu. Sans jamais accuser quiquonque. Juste raconter des faits, sans fard, sans mélo, et dans un style sobre et soutenu. Il était d'ailleurs régulièrement cité dans les blogs recommandés du Monde.fr, son hébergeur. Jusqu'au jour où sa hiérarchie l'a identifié et lui a signifié de supprimer son blog sans délai, sous peine de sanctions. Ce qui fut fait. Exit Bereno.
Eolas, infatigable, qui avait déjà brillamment défendu Garfieldd et petite anglaise, est sur l'affaire. Bereno, ayant supprimé son blog, ne sera pas inquiété. Il n'empêche que cette histoire m'inquiète. Sauf à être une superstar de la blogosphère, ou alors un brin exhibitionniste, un bon blogueur doit être anonyme et le rester. C'était le cas de Bereno. Il est normal que la loi mette une limite à la liberté d'expression quand celle-ci nuit à la réputation ou à la sécurité d'autrui. Il est dommage qu'elle prive une partie de la population de la possibilité de témoigner anonymement sur leur quotidien alors que celui-ci offre un réel intérêt pour leurs concitoyens. Ou alors qu'elle permet à certaines institutions de réfléchir sur elles-mêmes. Et c'est d'autant plus absurde dans le cas de Bereno, sa prose, loin d'être indiscrète ou diffamatoire, constituait au contraire un bel hommage à sa profession.
14:34 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25 septembre 2006
Encore un peu de patience
Un nouveau - vrai - travail, une nouvelle maison, une nouvelle vie en somme depuis la semaine dernière, à laquelle je m'habitue doucement. Donc il me faudra un peu de temps avant de reprendre une activité bloguesque normale. Merci de votre patience.
13:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19 septembre 2006
Sans laisser d'adresse
Christian Ricaud aimerait partir sans laisser d'adresse. Alors que certains élus UMP mijotent un projet de loi sur le statut des cendres, ce monsieur écrit dans le courrier de Libération qu'"après toute une vie de domiciliation, de fichage, d'immatriculation, après une vie passée à assumer ses obligations familiales, professionnelles, sociales, après avoir toujours répondu présent, pourquoi nous refuser le droit d'enfin tout larguer et partir sans laisser d'adresse ? En tant que futur défunt, je revendique mon droit à l'oubli, laissez-moi librement devenir un SDF (sans domicile final)"
Combien ces paroles recoupent mes propres idées ! Notre société est désormais dépourvue de foi (et je ne m'en plaindrai pas) comme de morale (j'emploie ce mot au sens d'éthique) mais de plus en plus obsédée par le culte de la personne (plus beau, plus jeune, plus mince, plus uniforme, et mon karma par ci, et mon bien-être par là, surtout n'oubliez pas d'écouter votre corps.) Signe des temps. Pourquoi vouloir tout conserver, tout dater, tout tracer ? Fleurir des tombes qui seront détruites dans un siècle au plus ? Peut-être pour oublier, dans un élan pascalien, le non-sens de notre vie et la non-utilité de notre existence. Se bâtir une éternité, pour cent ans.
Athée, j'aime à me rappeler l'adage chrétien : "Tu es poussière et tu redeviendras poussière". Combien je préfère, à la froideur de la tombe, la chaleur d'un souvenir !
19:30 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Web Gallery of Art
Grâce à Lunettes Rouges, je découvre un site magnifique sur la peinture. La Web Gallery of Art propose une collection impressionnante de reproductions d'oeuvres d'art, du 12e au milieu du 19e siècle, sur lesquels on peut zoomer à l'envi. S'y ajoutent un glossaire, des biographies d'artistes, des visites virtuelles autour d'un thème. Last but not least, on peut naviguer sur le site en musique...classique, bien sûr. Bref, un régal.
10:20 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18 septembre 2006
Discours de Ratisbonne
Le discours prononcé par Benoît XVI à Ratisbonne n'en finit pas de faire du bruit. Les manifestations et les protestations se succèdent dans le monde musulman, et une religieuse italienne y a même laissé sa vie en Somalie. Alors, maladresse ou provocation ?
Tout d'abord, revenons exactement sur le discours. Comme le montre très bien Koz, il ne s'agit pas, comme on l'entend dans certains médias, d'une assimilation simpliste de l'islam à la violence. Le Pape se contente de citer une controverse entre l'empereur byzantin Manuel II et un savant persan. "(..) l’empereur, avec une rudesse assez surprenante qui nous étonne, s’adresse à son interlocuteur simplement avec la question centrale sur la relation entre religion et violence en général, en disant: ” Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait “. L’empereur, après s’être prononcé de manière si peu amène, explique ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la diffusion de la foi à travers la violence est une chose déraisonnable. La violence est en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l’âme. ” Dieu n’apprécie pas le sang — dit-il —, ne pas agir selon la raison , “sun logô”, est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l’âme, non du corps. Celui, par conséquent, qui veut conduire quelqu’un à la foi a besoin de la capacité de bien parler et de raisonner correctement, et non de la violence et de la menace… Pour convaincre une âme raisonnable, il n’est pas besoin de disposer ni de son bras, ni d’instrument pour frapper ni de quelque autre moyen que ce soit avec lequel on pourrait menacer une personne de mort…“.
De fait, il s'agit donc d'une citation et non d'une affirmation de la part du Pape. Le propos qu'il sous-tend est le suivant : la conversion par la violence doit être impérativement bannie, la foi est avant tout un aboutissement de la raison. Des postulats utiles à rappeler, dans un contexte de renouveau du fanatisme.
Certes, on pourra critiquer cette illustration, objecter que l'Eglise catholique, il y a quelques siècles, eut une tendance coupable à oublier la parole de saint Jean qui disait que Dieu est amour, et à imposer sa croyance par les armes, la destruction et la torture. Mais quelles religions n'ont pas montré, à un moment ou à un autre de leur histoire, cette intolérance ? On peut ensuite objecter que cette citation, même si elle ne reflète pas l'opinion de Benoît XVI, n'était peut-être pas du meilleur goût, après les vagues de protestations provoquées par l'affaire des caricatures danoises, et qu'il convenait de ne pas mettre davantage d'huile sur le feu.
Néanmoins, le discours de Ratisbonne, destiné à un public restreint, dans l'enceinte d'une université, n'avait pas vocation à se trouver ainsi commenté, et surtout de façon aussi simplificatrice, par les médias. Le traitement médiatique des évènements conditionne la façon dont le public en perçoit le message. Si Benoît XVI aurait en effet pu trouver un moyen plus consensuel d'appeler à la concorde et à la raison, les médias qui ont largement relayé ses propos, mais sans les mettre en perspective, ont également contribué à déclencher l'orage.
16:32 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Vert, blanc, bleu
Nous partîmes en Tunisie cet été, quittant la France bruineuse pour la moiteur de l’été nord-africain. C’était la première fois que je mettais le pied sur ce continent. Le choc est d’abord celui des couleurs ; ce bleu intense du ciel, à peine plus foncé que celui de la mer, à peine plus clair que celui dont les portes et les fenêtres sont peintes. Le vert émeraude éblouissant des palmiers. La blancheur immaculée des maisons. L’ocre sec au sol : bienvenue au pays de la soif. Je comprends les révélations d’un Gide, les errances d’un Oscar Wilde, les quêtes d’un Bernanos dans ce pays. La villa Sébastian, à Hammamet, garde des traces de leur passage. Dans cette douceur de vivre, les occidentaux que nous sommes se sentent comme libérés. Place au farniente, c'est-à-dire avant tout à la lecture. Tess d’Uberville, qui me donne envie de lire une Histoire du féminisme en Europe. Puis l’excellente, quoique partisane, biographie du marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler par Assouline. Je dis partisane car l’auteur a pris fait et cause pour son personnage ; ce qui est agréable pour le lecteur, mais qui l’amène peut-être à manquer de nuance envers lui. Je suis ressortie de ce livre avec plein d’envies de musées : découvrir le cubisme, la naissance de la peinture abstraite que Kahnweiler détestait (le cubisme est un art figuratif, qui réécrit les règles du langage, mais il se rattache toujours à une réalité représentée) et un penchant nouveau pour le genre biographique.
Entre deux livres, ce furent des excursions à travers la Tunisie du Nord. Tunis d’abord, avec ses souks colorés, hélas terriblement arrangés à la sauce touriste. Le musée du Bardo abrite des siècles de mosaïques, des premières, paléo-chrétiennes, à celles de Rome puis aux mosaïques arabes. Carthage la mythique dont il ne reste presque rien, rien que des débris somptueux avec vue sur la mer. Le pittoresque Sidi-bou-Saïd, ou l’apothéose de l’alliance du blanc et du bleu. Puis Kairouan, où nous partîmes en voiture, dans un beau matin d’été. Ville sainte, Kairouan est aussi une ville de contrastes, entre la splendeur de ses grandes mosquées et le dénuement du cœur de la ville. La Grande Mosquée est un chef d’œuvre couleur sable, magnifique dans sa sobriété. Comme à Venise, j’ai senti que ce lieu était habité, contrairement à d’autres hauts lieux de la foi (le carnaval touristique à Saint-Pierre de Rome par exemple, qui sonnait faux, même pour l’athée que je suis, entre les cierges électriques et les caméras de sécurité) Plus petite, différente, la mosquée du Barbier est d’un grand raffinement et nous nous perdîmes à plaisir entre ses colonnades. El-Jem enfin, atteint en début d’après-midi sous un soleil de plomb, avec cette vision de l’amphitéâtre, l’un des plus imposants de l’empire, superbement conservé, masse ocre jaillissant entre les bougainvillées et son petit musée de mosaïques, où contrairement à l’étouffant Bardo, nous pûmes prendre le temps de les contempler.
Entre ces journées de découvertes, les jours blancs à l’hôtel, allant de nos livres à la piscine. Je ne sais pourquoi les hôtels des stations balnéaires se croient obligés d’occidentaliser leurs prestations. Avalanche de plats bien de chez nous au buffet, dignes d’une cantine française, dans lesquels nous cherchâmes vainement quelques plats tunisiens. Point bien sûr de contacts avec la population pour qui restait dans la zone balnéaire. En dépit de la douceur de vivre tunisienne, nous avions l’impression un peu déprimante d’être tombés dans un paradis à touristes, duplicable à l’envi dans n’importe quel pays du sud qui possède de belles plages, un climat chaleureux et quelques palmiers dattiers. Je vais encore faire ma mauvaise langue, mais je souris encore en me rappelant cette femme qui s’indignait de voir nos guides se parler entre eux en arabe (mais c’est inâcceptable, vous ne pouvez pas parler français !!!) et, mieux encore, cette dame au demeurant charmante mais qui se plaignait de ce que le sable fin de la plage, trop chaud, lui faisait mal aux pieds. (- A quelle heure y étiez vous ? - 15h, quelque chose par là) Je sais, j’ai vraiment une langue de vipère, c’est l’un de mes vices favoris. Je crains même de le cultiver avec l’âge, c’est vous dire.
10:00 Publié dans Carnets de voyage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
17 septembre 2006
De retour
Après quelques mois bien occupés (examens finaux à passer, recherche d'emploi et quelques péripéties personnelles) et suite à quelques aimables sollicitations, je reprends l'écriture sur Carnets Critiques. Il me faudra un peu de temps pour remettre à jour la blogroll, et rénover l'interface. Deux nouvelles rubriques seront introduites : Carnets de voyage et Scènes de la vie parisienne. La Femme assise de Schiele cède la place à la Madeleine à la veilleuse de La Tour. J'aime beaucoup ce tableau d'ombre et d'or, avec sa petite lumière dans la nuit qui symbolise la condition humaine. A bientôt donc.
23:25 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
21 janvier 2006
Carte blogstale
Charlotte de Beauvoir a 24 ans, un diplôme de journaliste, un talent certain pour la photo, beaucoup de curiosité et des fourmis dans les jambes. C'est grâce aux recommandations du Monde que j'ai découvert son blog, Carte blogstale. Son diplôme obtenu, elle a eu envie d'Amérique Latine. La voilà partie "sur la route des Andes" pour six mois, avec dans son sac un ordinateur portable et un appareil photo. Au programme, la Colombie, l'Equateur, le Pérou et la Bolivie. Elle est en Equateur actuellement. Les photos qu'elle prend sont vraiment magnifiques et sa démarche d'exploratrice du quotidien plus qu'intéressante. Lecture chaudement recommandée, donc.
13:20 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
20 janvier 2006
Un touriste
L'anecdote de Ju ce soir me rappelle une histoire vécue. C'était à Saint-Pétersbourg, pendant l'été du Tricentenaire. Ca faisait presque un an que je vivais en Russie. Pétersbourg était lentement envahie de touristes. On entendait (beaucoup trop souvent à mon goût) parler français sur la Nevski.
Comme à mon ordinaire je trainais doucement sur la perspective, faisant deux-trois magasins et goûtant l'air du soir. J'aime marcher en ville en fin de journée. A un corner du Gostiny Dvor, ou l'on vendait des souvenirs, je croise un couple de Français tentant de négocier des petits objets typiques. Je ne sais pas pourquoi je leur ai adressé la parole en leur disant que je parlais russe et que je pouvais leur donner un coup de main pour la négo, la vendeuse russe ne parlant pas plus l'anglais qu'eux. Je me fais rabrouer. Très bien, je n'ai pas insisté mais ai continué à les observer.
Leur choix fait, mes compatriotes veulent payer leurs achats... en liquide et en dollars. Bizarrerie d'agence de voyage : ils ont acheté des dollars pour l'occasion alors que la parité Euro/rouble leur est favorable. La vendeuse refuse. Ils ne comprennent pas. Je retente ma médiation, et leur explique que la loi russe interdit le paiement en devises. Des roubles ou rien. Je me souviens de la réaction indignée de la femme : "Mais nous rentrons demain ! on ne va pas changer de l'argent pour ça !"
Moralité et paradoxe de l'histoire : bien souvent le touriste, qui paie cher un voyage vers l'inconnu bien packagé, ("Aux sources de la Russie éternelle" ou quelque chose dans le genre), apprécie les spécificités locales... jusqu'à un certain point. Changer des dollars à la veille d'un départ pour respecter la loi d'un pays en ruine comme la Russie.... et quoi encore ? Faut pas déconner tout de même.
23:50 Publié dans Brave new world, Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
19 janvier 2006
Affaire Garfieldd : le rôle du buzz
Le blogueur n'a décidément toujours pas, en cette année 2006, bonne presse. Et encore moins à l'éducation nationale. La presse, justement, et la blogosphère se font écho de la révocation du proviseur d'un lycée de Mende pour manque au devoir de réserve. En l'occurence, il est accusé d'avoir mis en ligne via son blog personnel des photos et écrits "pornographiques". Il parlait de sa profession, de son quotidien et de son homosexualité dans ses billets, mais sans jamais citer de noms de personnes ou celui de son établissement. Inutile de préciser que les blogs de profs sont légion, et ce sont souvent parmi les plus drôles et les plus attachants.
Les pros d'internet fonctionnaires de l'éducation nationale qui l'ont identifié ont considéré comme pornographiques des photos d'hommes en slip, comme on en voit à tous les coins de rue, et, qui mieux est, la publication des mots-clefs ayant amené les internautes sur le blog via Google. Beaucoup de blogueurs qui consultent régulièrement leurs stats s'amusent à faire de même.
Pas de quoi fouetter un chat, donc, à cause de ce blog. Rien qui puisse donner à penser que ce proviseur était en dangereux pédophile en puissance. Et pourtant ce monsieur, à 48 ans, après une carrière sans reproche, se retrouve au RMI. Car la révocation signifie perte de son salaire mais aussi de son statut de fonctionnaire. Imaginez ce que vaut, sur le marché du travail aujourd'hui, un fonctionnaire révoqué de 48 ans.
La conjugaison de la liberté d'expression et du devoir de réserve est bien souvent hasardeuse. Toutefois, le blog de Garfieldd ne mettait nullement en cause l'éducation nationale et semblait témoigner, au contraire, d'un profond attachement pour son métier et ses élèves. Avoir exposé à la vue du public, de façon anonyme, des considérations personnelles et des photos qui n'ont, au vu des publicités qui ornent les abribus, rien de bien choquant, n'a donc pas grand chose à voir avec le manque au devoir de réserve. Il s'est contenté d'user de la liberté d'expression que la loi française et toutes les déclarations des droits humains lui reconnaissent.
Notre société, et je le déplore, a tendance a ne plus saisir la frontière entre privé et public. Le fait de bloguer, au sens noble du terme, et contrairement aux clichés véhiculés, n'a pas grand chose de narcissique. La majorité des blogueurs sont anonymes, et je ne vois pas pourquoi des gens incités à donner leur avis anonymement dans les urnes ne pourraient faire de même en ligne, l'argumentation en plus.
Un blogueur fait justement remarquer que si le proviseur avait été hétérosexuel et avait affiché des photos de jeunes femmes en soutien-gorge, les inspecteurs se seraient contentés de se rincer l'oeil. Je ne suis pas loin de penser comme lui. Le proviseur paierait donc, non pas son manque de réserve, mais son orientation sexuelle.
Le buzz, c'est le bruit de la blogosphère quand elle relaie une nouvelle, lance une idée, se fait l'écho d'une indignation. Cette note n'a donc d'autre ambition que de contribuer à ce buzz. En espérant qu'il sera suffisant pour amener Robien a revenir sur sa décision.
A lire absolument : l'excellente lettre ouverte à Gilles de Robien par Eolas. A signer, aussi : la pétition de soutien à Garfieldd. Il y a seulement déjà 1283 signatures. Ajoutez-en d'autres !
NB : le blog a été supprimé, mais on peut lire les archives ici
20:25 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
Parole de l'eau
le feu tinte dans les cloches
douce est la parole de l'eau
sous la clé des nuits légères
enchaînées au coeur des filles
c'est pour ces pays d'un sou
que se vide la mémoire
pour la neige et la flamme
dont se parlent les étoiles
Tristan Tzara. PHASES. 1949
18:40 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
18 janvier 2006
Les désillusions de la méritocratie
Les diplômes sont déclassés, sauf dans les grandes écoles. Ceux qui ont des diplômes plus élevés que leurs parents n'accèdent pas à des positions sociales plus intéressantes parce que le «rendement» de ces diplômes sur le marché a baissé. Les chiffres sont effrayants. Une majorité des licenciés en lettres, par exemple, atteignent au mieux un niveau d'employé de bureau. Les enfants de milieux aisés s'en sortent parce que, mieux informés, ils vont dans les filières rentables. Les inégalités restent tout aussi présentes qu'il y a trente ans.
Marie Duru-Bellat, chercheur à l'Institut de recherche en éducation, citée par le Figaro.
10:40 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
17 janvier 2006
L'habit et le moine
"La vraie rébellion est initiatique, et donc secrète. Les vrais rebelles se cachent de l'être; ils sont rasés de frais, et tirés à quatre épingles. Je ne supporte que les gens qui ont l'air de sortir de leur douche. Le déclin de l'Occident, avec quoi on nous casse les oreilles, ce n'est pas le pétrole, c'est l'avachissement. Il faut apprendre à nos contemporains à se tenir droit, leur enseigner un usage correct de la colonne vertébrale."
Gabriel MATZNEFF, Ivre du vin perdu
07:15 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
16 janvier 2006
Nuage de "Carnets critiques"
22:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Ne soyez pas déclinologues
Du neuf dans la stratification des contrats de travail. Après le relatif succès du CNE lancé cet été; le gouvernement va lancer un contrat premier emploi (CPE) à destination des "jeunes". Le "jeune" est; on le sait, un vocable à géométrie variable. Dans le cas présent, le gouvernement s'aligne sur la définition SNCF du "jeune" : jusqu'à 25 ans.
Jusqu'à 26 ans, donc, l'heureux élu se verra proposer un contrat spécial assorti d'une période d'essai de 24 mois. A l'issue de cette période, le contrat se mue en CDI. La période d'essai peut être réduite en fonction des stages, CDD ou contrat d'apprentissage effectué par le "jeune" dans l'entreprise. Tout de même. Contrairement au CNE; ce nouveau contrat s'appliquera dans toutes les entreprises sans limitation d'effectifs.
"Avancée sociale majeure" dit le gouvernement. En fait, ce nouveau contrat n'apporte pas grand-chose. Il ajoute une option supplémentaire aux nombreuses possibilités de contrats déjà offerts aux entreprises désireuses de "tester" un salarié. Il aurait été plus simple de repenser les deux contrats principaux; à savoir le CDD et le CDI, de populariser l'apprentissage au détriment des stages abusifs.
De plus, l'institution du CPE confirme que notre société n'en finit pas de segmenter ses membres en fonction de critères qui n'ont rien à voir avec leur niveau de compétence, emploi pour les jeunes, pour les vieux, pour les minorités visibles, etc. On finira par faire une grille ; tel âge, tel sexe, telle origine, voilà, cliquez ici pour découvrir le nom de votre nouveau contrat de travail.
De côté du gouvernement, le CPE est une pilule plus facile à faire avaler. Il montre que le gouvernement agit pour l'emploi et se préoccupe des "jeunes" cette classe d'âge sur laquelle notre époque s'extasie. J'imagine déjà notre fringant premier ministre s'enthousiasmant sur un plateau TV : "Mais mon gouvernement agit pour les jeunes : j'ai crée le contrat première embauche !" Petit plus du CPE : la population visée, moins insérée dans la vie professionnelle, a peu de moyens de protestation à sa disposition. On a bien vu cet automne comme la grêve des stagiaires fut perçue tant par les DRH que par les syndicats patronaux....
14:00 Publié dans Brave new world | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
10 janvier 2006
L'improductivité du bonheur
"Les gens heureux n'ont pas d'histoire."
HEGEL
11:15 Publié dans La vie est ailleurs | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03 janvier 2006
Pour Bernard Planche
A l'initiative du journaliste Alain Hertoghe, et relayé par les internautes, un appel à la libération de Bernard Planche.
" Liberté pour Bernard Planche !
" Nous, citoyens et internautes, appelons à la libération immédiate de Bernard Planche, détenu injustement en Irak depuis le 5 décembre 2005.
" Nous exprimons à sa famille et à ses amis notre sincère sympathie dans cette épreuve.
" Nous prions chacun (autorités publiques et religieuses, hommes politiques, établissements scolaires, médias, artistes, etc.) de condamner l'enlèvement de Bernard Planche, d'appeler à sa libération et de prendre des initiatives concrètes de solidarité avec lui et avec sa famille.
" Nous demandons tout particulièrement à Bertrand Delanoë, maire de Paris, d'afficher au plus vite un portrait géant de Bernard Planche sur la façade de l'Hôtel de ville, comme cela avait été fait pour les journalistes Christian Chesnot, Georges Malbrunot et Florence Aubenas.
" Nous encourageons tous les citoyens et tous les internautes à relayer, grâce à Internet, cette appel dans le monde entier et dans toutes les langues, ainsi qu'à multiplier les démarches publiques solidaires.
" Quant à ceux qui détiennent Bernard Planche, et qui liront tôt ou tard cet appel en langue arabe, nous en appelons à leur humanité pour qu'ils rendent à sa famille l'être humain qu'ils privent injustement de sa liberté. "
A diffuser, relayer et transmettre sans modération.
21:17 Publié dans Territoire étranger | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Le "truc d'intello" suite et fin
Jacques Chirac a annoncé officiellement la fin de l'état d'urgence, qui prendra fin demain 4 janvier. Décision dont je ne peux que me féliciter. Adoptée par décret et prolongée jusqu'au 21 février 2006 par voie parlementaire, suite à l'explosion de violence dans les banlieues, cette vieille mesure qui n'avait pas été utilisée depuis la guerre d'Algérie s'était fondue dans notre quotidien sans que personne ne s'en émeuve.
«Les esprits s'habituent à ce que l'Etat de droit soit potentiellement suspendu. Seuls des intellos veulent la suspension de l'état d'urgence, car il n'empêche pas de faire ses courses et de réveillonner...» écrivait le constitutionnaliste Dominque Rousseau. Qu'importait alors que la notion de "péril imminent" ne soit plus vraiment d'actualité ? Couvre-feu, certes, mais aussi perquisition sans mandat de jour comme de nuit, restrictions à la liberté d'aller et venir, possibilité d'assigner les gens à résidence... telles étaient les possibilités ouvertes par l'état d'urgence. A part les couvre-feu qui furent d'ailleurs les seules mesures appliquées et utiles pour un temps, était-il vraiment utile de prolonger la suspension des droits fondamentaux ? Mesure de sureté de prime abord, devenue ensuite un excellent outil de communication politique. Français, dormez tranquilles, l'état d'urgence vous a assuré la sécurité. A part ça, 425 voitures ont été brûlées au cours du réveillon. Il y en avait eu 333 l'année dernière. Comme l'Etat d'urgence, et bien avant lui, la violence se banalise. Ordinaire, on vous dit.


